Je n'ai rien oublié d'Hiroshima
Ce film est fascinant.
En tout cas, il me fascine, moi.
Je ne vais pas en faire une critique, je m'en sens bien incapable même si c'est ce que je suis sensée faire ici... d'autres en ont parlé et d'autres en parleront bien mieux que moi. Après tout, ce film fait partie des incontournables du cinéma français et il a déjà été décortiqué scène par scène.
Non, je veux juste vous faire part de mon expérience (et de la nécessité d'aller dans les salles de cinéma pour éprouver ce genre d'expérience mais vous, ici, en êtes tous convaincus, n'est-ce-pas ?), de cette découverte faite il y a quelques années quand je l'ai vu la première fois alors qu'il était déjà ce monument...
** Flash back **
C'était dans les années 80, dans un cinéma du quartier latin. Nous n'étions pas très nombreux dans la salle pourtant petite. J'étais venue seule, mes copains habituels des séances de cinéma ayant déclaré forfait ("tu vas te faire ch..., ma pauvre !"). Très vite, nous avons été pris par les images et le dialogue (ou les deux monologues qui se répondent ?) qui se déroulaient sur l'écran. La voix d'Emanuelle Riva, qui nous affirmait, péremptoire, qu'elle avait tout vu à Hiroshima, m'hypnotisait littéralement. Dans ce Tea-Room où elle raconte Nevers, Nevers en France, je suis avec elle, irrémédiablement prise par son récit. Quand son amant l'a gifle, je m'éveille de son cauchemar en même temps qu'elle et je reprends brusquement conscience des bruits alentours...
A la fin de la projection, les lumières se sont allumées mais personne n'a bougé... Non, on ne dormait pas, ce que vous pouvez être mauvaise langue ! On était encore à Hiroshima avec le souvenir de Nevers sur les lèvres... Et puis une petite voix nasillarde est sortie d'on ne sait où pour nous signaler que "la sortie est à gauche de l'écran !". On s'est ébroué, on s'est regardé, on s'est sourit un peu gêné : on avait l'impression (en tout cas, moi) d'avoir été surpris dans notre intimité la plus profonde.
J'ai revu le film dernièrement dans une belle et grande salle de banlieue. Il avait été restauré et la projection était parfaite. Je n'en dirai pas autant des deux bécasses, d'un certain âge, qui gloussaient derrière moi et qui ont exprimé leur indignation au moment de la gifle sans comprendre à quel point elle était libératrice, pour la jeune femme comme pour le spectateur s'il s'était laissé envoûter, ce qui n'était visiblement pas leur cas...