Truffaut joue à Hitchcock
De part, notamment, l'agencement du suspense et la musique de Bernard Herrmann, "La Mariée était en noir" est, à l'évidence, le plus directement "hitchcockien" des films de François Truffaut (jusque dans l'emploi de l'imparfait dans le titre, qui n'est pas sans rappeler "L'Homme qui en savait trop" ou "Le Crime était presque parfait").
"La Mariée était en noir" est souvent considéré comme une œuvre mineure dans la filmographie de Truffaut : on pourrait d'ailleurs lui appliquer l'appellation de "grand film malade", trouvaille de Truffaut pour qualifier, justement, un film de Hitchcock ("Pas de printemps pour Marnie", en l'occurrence).
Mais il est à rattacher à la veine légère de son auteur (par opposition à une veine plus grave, dans laquelle viendraient se placer des films tels que "La Peau douce", "La Sirène du Mississippi" - autre "grand film malade" -, "La Chambre verte", "L'Enfant sauvage", "Adèle H", "Le Dernier métro" ou "La Femme d'à côté").
Et force est de constater que, dans la grande famille des films plus légers de Truffaut, "La Mariée était en noir" n'a pas à rougir : s'il n'a pas le souffle d'un "Baisers volés" ou la malice vigoureusement contagieuse d'un "Vivement dimanche !", il recèle, en revanche, une solide et évidente jubilation, non seulement dans sa mise en scène, mais aussi dans le jeu même des acteurs : les morts s'amoncellent, mais jamais on ne perd de vue que c'est "pour de faux" ! A tel point qu'en le revoyant, on se surprend à avoir hâte qu'arrive telle ou telle scène de meurtre ! Le spectateur est résolument placé du côté d'une impériale Jeanne Moreau, qui sait doser comme personne gravité et fantaisie dans un même plan (comme le démontre notamment la séquence avec Michel Lonsdale).
On prend un plaisir sincère à revoir ce film plusieurs fois (il semble même avoir été conçu dans ce sens) : raison de plus pour le rappeler au bon souvenir des cinéphiles.