Baron Prásil est un long métrage d’aventure fantastique réalisé par l’animateur tchèque Karel Zeman. Présenté pour la première fois en Suisse à l’occasion du Locarno Film Festival de 1962, il n’a connu de diffusion française qu’à partir de 2013 et ce fut directement en DVD sous le nom Le baron de crac ; sachant que les États-Unis l’exploitaient déjà en vidéo depuis 1989 dans une édition intitulée The Original Fabulous Adventure of Baron Munchausen pour éviter la confusion avec le film de Terry Gilliam.
Toujours est-il que beaucoup ont entreprit d’adapter les exploits romancés du Baron de Münchhausen au cinéma, le premier n’étant, d’ailleurs, nul autre que Georges Méliès en 1911 avec un court métrage de 11 minutes. Et pour cause, Karl Friedrich Hieronymus de son vrai nom, est un personnage historique !
Mercenaire allemand à la solde d’Élisabeth Ire de Russie, il s’illustra lors de plusieurs conflits du XVIIIe siècle avant de prendre sa retraite vers 1760. Dès lors, il se mit à délirer, transformant ses souvenirs de guerre en récits rocambolesques dont il prétendit avoir vraiment été l’acteur et que s’appropria le romancier Rudolf Erich Raspe, persuadé d’en tirer quelque chose. La suite, vous la connaissez : le vieil affabulateur devint rapidement une des figure de proue de la littérature d’outre-Rhin, multipliant les aventures aux péripéties invraisemblables à force de croiser le chemin de toujours plus d’auteurs désireux de lui en inventer.
Une œuvre familiale
Divertissement de qualité pour petits et grands, Baron Prásil propose une narration fluide et sans temps morts grâce à l’utilisation d’artifices – certes éculés mais qui ont fait leurs preuves – tels que la voix-off ou la transition thématique entre séquences. De ce fait, s'y multiplient sans encombre situations burlesques et personnages loufoques, ce qui l’érige en comédie au ton léger où chaque problème est désamorcé par un gag, la performance des acteurs étant au centre du processus humoristique ; celle de Rudolf Jelínek et Jana Brejchová bien sûr mais surtout du juif pragois Milos Kopecký, qui confère à Münchhausen une dimension schizophrénique, partagé entre la figure du preux chevalier et du doux dingue.
Par ailleurs, il s’agit également d’un régal pour les yeux. De ses décors et character design inspirés des gravures de Gustave Doré aux filtres colorés empruntés à Georges Méliès pour égayer des prises de vues en noir et blanc, en passant par le procédé graphique dont il est la vitrine, à savoir un mélange de live-action, de dessin animé et de lithographies en tous genres directement décalquées sur la pellicule que Zeman a révélé en 1955 dans le sympathique Journey to the Beginning of Time après plusieurs années de développement et intitulée Mystimation, il fait montre d’une richesse esthétique indiscutable et qui force le respect, se payant même le luxe d’embrouillarder un peu plus la frontière entre cinéma et arts-plastiques au point d’avoir tapé dans l’œil de beaucoup de metteurs en scène visuels, parmi lesquels Tim Burton, Wes Anderson ou encore Terry Gilliam.
Sauf que Baron Prásil n’a rien de tape-à-l’œil, justement, dans la mesure où tous ses choix formels soulignent son caractère surréaliste ; en ce sens qu’il déploie un univers proche du conte de fée, onirique, peuplé de créatures aux traits enfantins et ponctué de destinations exotiques... un formidable salmigondis hors de tout espace-temps, reflet à la fois de la pensée de son protagoniste ET des révolutions sociétales de son pays d’origine. D’autant que sa sortie coïncide avec l’avènement du Miracle Tchèque, quelques sept ou huit années de liberté créatrice dont s’est emparé une jeune génération de cinéastes pour ne pas dire une avant-garde en mal d’expression – sans pour autant en être le fruit ou à l’origine.
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