De Michel Gondry, je n'avais vu que "Eternal sunshine of the spotless mind" dont j'avais écrit que le titre claquait dur mais aussi que je ne m'étais guère retrouvé dans le film …
Là, invité cet après-midi au cinéma à voir "le livre des solutions", j'appréhendais quand même un poil …
Eh bien, contre toute attente, j'ai bien aimé …
Et pourtant, le genre du film qui consiste à décrire l'aventure de la réalisation d'un film n'est, habituellement, pas du tout mon truc. D'abord, je trouve que ça tient de la mise en abyme, le comédien qui joue au comédien qui joue au comédien face à l'adversité. Avant les inévitables autocongratulations qui suivent un projet même difficile. Et puis, c'est un peu comme la cuisine. J'aime (énormément) déguster un plat au restaurant sans éprouver le besoin d'en connaître toutes les ficelles. Même si, justement, moi-même, j'aime faire la cuisine. Parce que je sais bien que, de temps en temps, on est obligé de se salir les mains et qu'il n'y a surtout pas de quoi se vanter. Surtout si les convives sont contents …
Alors qu'est-ce qui m'a tant plu dans ce film ?
D'abord cette histoire de bateau en perdition. Je veux dire ce réalisateur (Pierre Niney) qui fuit les producteurs (parisiens) avec son équipe et les rushes dès lors qu'il comprend qu'ils sont en train de le lâcher. Le tournage semble terminé et il ne reste plus qu'à faire le montage. De pathétique au premier abord, on devine vite le mec complètement déjanté. Soit génial, soit fou. Ou encore les deux à la fois tant, comme en politique, les positions extrêmes se rejoignent.
On est loin du metteur en scène "chef d'orchestre" qui suit une ligne et qui s'y tient rigoureusement. Malgré les évidentes, habituelles et attendues difficultés. Là, ça part dans tous les sens. De plus, quand on imagine l'importance du travail de montage au cinéma, on ne peut qu'être intrigué par ce gars qui donne des ordres (apparemment) contradictoires à sa monteuse et qui refuse de visionner le résultat du montage.
Autre point fascinant, ce sont les relations qu'il entretient avec son équipe, "expatriés" dans les Cévennes chez sa vieille tante. Pendant une bonne partie du film, je considérais que cet homme était toxique avant même de savoir s'il était génial ou fou.
J'ai été fasciné par cette monteuse (Blanche Gardin) qui reste solidaire du bateau en perdition, contre vents et marées. Bien sûr, elle conteste, discute, propose mais finit par plier devant les "caprices" du monsieur dont le rapport au film semble souvent nébuleux. Comment est-ce possible de rester solidaire du bateau alors que tout le monde semble lâcher Pierre Niney et que ce dernier la sollicite nuit et jour sans oublier que son caractère est blessant pour ne pas dire humiliant ?
On comprend mieux la profondeur de la relation qui lit cette équipe lors de la scène avec l'orchestre. Un véritable moment de grâce. Au début, on se demande quelle nouvelle pitrerie Pierre Niney a encore inventé et, peu à peu, à partir de rien, on le voit construire avec les musiciens les éléments de la BO. Là, on comprend que la relation entre Blanche Gardin et Pierre Niney est basée sur quelque chose qui s'apparente à de la foi …
Je voudrais finir par l'actrice qui joue le rôle de la tante. Elle adore son neveu. Mais elle a un rôle de protectrice et de guide contre cet "enfant" fantasque, génial ou fou. Elle est l'élément raisonnable du film. La stabilité. Elle fait tellement de bien qu'elle volerait presque la vedette à Pierre Niney. Je croyais ne pas connaître cette actrice, Françoise Lebrun. En fait, c'est la Veronika du film "La maman et la putain" !
Film dont l'inspiration semble puiser dans la personnalité de Michel Gondry lui-même. Dont j'ai beaucoup apprécié l'auto-dérision. D'après ce que j'ai lu, Michel Gondry se serait inspiré des difficultés rencontrées sur le montage de "l'écume des jours", film que je ne connais pas. Mais connaissant l'aspect déjanté du roman de Vian, je peux comprendre …