Tombé aux oubliettes, Le Marchand de Venise de Michael Radford ne mérite pas ce dédain. Dans le rôle de Shylock, ce vieux usurier juif réclamant sa livre de chair à son débiteur, Al Pacino brille par sa commune explosivité. En face, Jeremy Irons s’affirme par sa force tranquille, d’une intensité égale à celle de son partenaire. Sans conteste, ces deux acteurs sont la principale attraction du film, au même titre que la superbe photographie de Benoit Delhomme inspirée des peintures de la Renaissance et le flamboyant texte de William Shakespeare. En contextualisant le récit originel (l’action se déroule lors de la persécution de la communauté juive à Venise, au XVIe siècle) et cette rancune qui oppose Shylock à Antonio, le réalisateur en évacue le prétendue antisémitisme afin de rendre son message plus intelligible : le juif Shylock, par endroit détestable, se trouve finalement être le miroir de l’hypocrisie de la communauté chrétienne qui le persécute, retournant les armes de ses adversaires contre eux (« The villainy you teach me I will execute »). Profitant d’un tournage à Venise même - un exploit eu égard à son budget, relativement modeste pour un film d’époque - Le Marchand de Venise est un spectacle passionnant malgré l'académisme de sa réalisation.