Dans les lieux peu investis par les films d'horreur, celui du phare est presqu'une occasion manquée, tant il s'y prêterait bien de par sa solitude et sa symbolique. Le film anglais Le phare de l’angoisse se l'approprie pour un résultat appréciable.
Ce phare, c’est celui auprès duquel un bateau fait naufrage. Il devait transférer des prisonniers vers leur nouvelle destination. Seule une poignée survit, avec quelques membres de l’équipage ou du personnel pénitencier. Mais dans ce phare se trouve aussi un dangereux tueur, collectionneur de têtes coupées, qui a déjà pris un peu d’avance en nettoyant le phare de ses précédents occupants.
Je n’ai guère l’habitude des films d’horreur anglais, mais il est vrai qu’on y retrouve généralement une certaine atmosphère, très marquée par le lieu. Ils n’ont pas l’exubérance américaine ni la sensualité de ceux italiens de la grande époque, une réserve toute british. Et on peut toujours s’attendre à une séance de thé à un moment.
Mais cela ne fonctionne qu’en partie dans ce film. L’architecture particulière du lieu a bien été intégré, et son isolement, la nature qui s’y déchaîné, la nuit sombre participe bien plus au frisson que la figure du grand méchant. Bien que joué par le grand Christopher Adamson, qui semble ressurgi des vieux films de la Hammer, sa présence à l’écran n’a pas la même intensité que son absence.
Car le film donne un peu trop l'impression qu’il s’en serait mieux sorti sans ses acteurs, ce qui est bien cruel. Peu semblent investis. Et on peut le comprendre, le scénario tient sur un miroir de poche, il n’y a pas grand-chose à retirer des dialogues. Pourtant, il y a un véritable effort sur la catégorisation de chacun, avec quelques liens intéressants qui vont se créer.
Mais là le film se démarque c'est par sa réalisation. Simon Hunter filme un phare en proie à la nature, endurant face à elle. Il offre quelques très impressionnantes scènes, comme le naufrage, et son eau qui s’infiltre partout, qui lutte pour conquérir l'espace face à des hommes qui tentent de s'en échapper. Ou dans un registre beaucoup plus simple mais pourtant filmée avec un certain talent, cette incroyable scène dans les toilettes, dont l’intensité fait frissonner. La jaquette arrière du DVD nous dit que le journal L’Humanité a aussi beaucoup apprécié cette scène.
Il y a un véritable talent pour la mise en scène, un regard certain. Alors tant pis pour l’histoire, pour les personnages. Ce n’est pas si important. C’est une série-B à l’anglaise, fauchée mais pas manchote, qui possède un peu du charme baroque des vieux films d’horreur anglais malgré la greffe moderne avec le slasher et son méchant qui ne prend pas..