Le Poulpe est à l'origine une collection de romans entamée dès 1995 mettant en scène le détective Gabriel Lecouvreur, sa copine Chéryl et son pote armateur Pedro. Des romans écrits par un grand nombre d'auteurs avec une structure bien définie pour chaque aventure. Après avoir écrit une de ses enquêtes (Le saint des seins en 1996), Guillaume Nicloux adaptait la collection avec Jean-Pierre Darroussin, Clotilde Courau et Aristide Demonico dans les rôles susnommés.
Le début du Poulpe est à l'image du film : on navigue d'une intrigue à la suivante, certaines n'ayant rien à voir avec d'autres, d'autres se recoupant pour n'en former qu'une seule en fin de compte. Ainsi, ce que l'on voit dans l'ouverture n'a rien à voir avec le reste du film et la conclusion de cette enquête sera banalement évoquée par un journal. De même, on a parfois du mal à voir où Nicloux veut en venir, tant le récit accumule des intrigues n'ayant rien à voir ensemble au premier abord.
Le Poulpe est un troublant polar où le spectateur navigue à vue comme le personnage principal, ce qui lui donne un certain charme. On passe de bars en bars, d'un trajet en taxi à un autre, d'un sous-marin à un bateau rempli de travailleurs immigrés, d'industriels à des politiques véreux, d'une agression sexuelle à une séance de bourre-pif saignante. Un bordel qui devient rapidement génial, alimenté par des personnages mal élevés, bêtes, sans scrupule, dégueulasses, farfelus ou sympathiques.
Puis il y a Gabriel détective assidu et bourrin, amateur de belles chaussures, prêt à servir pour la bonne cause, mais également proche de ses sous (il se retrouve à enquêter en partie pour retrouver les gens qui ont profané la tombe du grand-père de Chéryl et ainsi se faire rembourser la somme qu'il a dépensé pour elle). Darroussin se révèle parfait pour l'incarner, à la fois charismatique et drôle. La meilleure scène du film est d'ailleurs celle où Gabriel balance un seau de sang sur une députée d'extrême-droite ayant un goût savoureux pour les propos polémiques ("Que dois-je faire pour vous prouver que je ne suis pas raciste ? Divorcer ? Épouser un nègre ? Non pardon, pardon, un noir ! Un noir ! Et qui ait le sida si possible !").
Clotilde Courau étonne également avec un personnage libre et savant se défendre en temps voulu. Evidemment comment ne pas avoir une pensée pour Philippe Nahon, génial en tenancier de bar ne comprenant pas les contrepèteries de Gabriel ("La cuvette est pleine de bouillon") ?