Intriguée par un film écrit par Prévert et par le fait de le voir au sommet de pas mal de tops chez les sens-critiqueurs, je me décide enfin. Et il faut dire, ça commence bien : la mise en situation initiale est drôle, en retrouvant bien l'humour de Prévert le personnage du roi est réussi...Mais très vite, l'enthousiasme redescend aussitôt arrivé...
Le rythme, est quasi inexistant. Aucune énergie n'est insufflée par le montage, le son ( hormis la superbe musique ) presque invisible, quelques pas par ci par là, quelques piaillements... Certaines scènes sont d'un silence vraiment perturbant, une volonté sans doute, de ne bruiter que l'essentiel, mais quel manque de détail ! Vouloir faire un film épuré ne veut pas dire autant enlever de la matière, toute la matière… ni une dynamique efficace. ( Et que dire des voix des comédiens qui m'ont passablement agacé durant tout le film… )
Quand à l'image elle fait écho au son, on se demande où est passé la matière. S'il s'agit d'épurer un maximum et de faire un décor intemporel, c'est réussi, mais quelle monotonie ce teint grisâtre et sans relief … Certains m'ont dit " mais tu te rends pas compte pour l'époque, c'est magnifique ! " ( Beaucoup de dessins ont été fait dans les années 40 ) Argument très vaporeux pour moi, étant donné la qualité et la complexité de certains Disney de l'époque…
On peut louer bien sûr, le message du film , que résume toute la scène finale. C'est une ode à la liberté, à briser ses chaînes quelque soit sa condition.
Ce roi autoritaire, arbitraire contre les gentils amoureux du peuple, lui même confiné dans un obscurantisme cruel , ce même roi soutenu par une police où l'individualité n'existe plus, chaque personnage étant sensiblement dessiné pareil…
Ces personnages se pourchassent sur un scénario malheureusement mince, où chaque bon sentiment et chaque action prend un temps infini à exister, alors que les thèmes principaux, les enjeux sont clairs depuis le début. ( ou plutôt, après la scène des tableaux ) Oeuvre manichéenne au possible, on devine sans trop de mal la suite des événements. Encore une fois, plus de complexité autour des personnages aurait été la bienvenue.
La musique, par contre, révèle à merveille certains moments tendres.
En somme, une œuvre qui par son contexte, ses anachronismes, se veut intemporelle mais qui finit par se perdre dans une épuration extrême du style et son manque de nuance. L'humour de Prévert vient de temps à autre, égayer le récit tandis que la sublime musique accompagnent des scènes qui feraient fondre un cœur de pierre. Mais quelle monotonie, quel ennui... peut-être intemporel, mais vite oublié malheureusement…