Le début du film est assez sidérant ; un jeune homme, n'ayant pas d'eau, est obligé de casser un bloc dans son lavabo pour faire un brin de toilette. Puis, il part comme des centaines d'autres dans une usine (de textile) où va l'attendre un travail harassant, durant les quatorze heures suivantes, avec juste trente minutes pour le repas. Cette vie infernale, lui comme les autres la subissent car ils n'ont pas le choix.
Mais un tel abattage n'est pas sans risques, avec la mort accidentelle qui guette, et c'est ce qui va arriver, menant les ouvriers à faire grève, situation inédite en ce tout début du XXe siècle...
En voyant Les camarades, j'ai bien entendu pensé à La classe ouvrière va au paradis, signé neuf ans plus tard, qui montrait entre autre les ravages du travail à la chaine. Mais ici, il y a une cause ouvertement engagée, de gauche, de la part de Mario Monicelli, avec ces ouvriers qui protestent, alors que la direction n'en a que faire. Cette révolution va être menée grâce au personnage joué par Marcello Mastroianni, qui joue un professeur qui est comme un prophète à leurs yeux.
Même si il y a quelques moments où on sourit, notamment une femme qui vient voir son mari avec son bébé à la pause déjeuner, car il peut voir enfin son enfin éveillé, cela reflète une réalité très difficile, où les requêtes auprès de la direction restent lettre morte.
Le casting est une des forces du film, avec Bernard Blier, François Périer, Renato Salvatori, et Annie Girardot, qui a décidé de ne pas vivre cette vie d'enfer en vendant ses charmes.
Tout le final, que je ne raconterais pas, est d'une cruauté sur la classe ouvrière, mais ce qui va lui permettre d'ouvrir les yeux et de créer, sans doute, des syndicats, tandis que d'autres préfèreront prendre le large sur des trains de marchandises.
J'aurais sans douté été plus enclin à être ému, car il y a de quoi se révolter face à une situation qui existait il y a seulement un siècle, mais on sent vraiment l'oeuvre faite avec les tripes, ouvertement de gauche, où les ouvriers font bloc pour une cause commune.