Les Communiants marque un virage important dans la carrière d'Ingmar Bergman dans la mesure où il marque une réelle rupture avec la religion, comme le montre la séquence d'ouverture avec cette messe, où Thomas fait son rite sacré pendant que sa poignée de fidèles s'ennuient. Nous sommes en 1963, la foi quitte les Hommes et Bergman nous dresse le portrait d'un pasteur qui doute de sa sincérité spirituel, voire même peut-être un portrait de l'Homme moderne.
Sous formes de deux confessions différentes, et non à sens unique, on va assister à un film osé, qui pose réflexion sur notre rapport avec la religion. Par contre, l'intérêt du film ne commence vraiment qu'à partir de ces confessions, après une exposition des situations chiante de 20 minutes, avec des plans symboliques ou contemplatifs qui gâchent le rythme par leurs longueurs, et qu'on retrouvera malheureusement quelques fois plus tard.
Mais une fois les enjeux sur l'autel, on découvre un homme bon bien que mauvais pasteur, qui se libérera de ses lumineuses pensées, après avoir offert sa vie à ses fidèles alors que son cœur est mort en même temps que sa femme, quatre ans plus tôt. La souffrance est au cœur du film, surtout après qu'il n'ait pu sauver le premier homme de sa détresse. Il doute du créateur, et surtout, ne croit plus au sauveur.
Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?
Thomas le dit lui-même, comment avons-nous pu croire à un Dieu paternel, bienfaiteur, qui nous aime tous ? Lui qui en plus de supporter son malheur, essaye d'arranger ceux des autres, il devient le sujet d'une critique sur un Dieu qui ne serait pour lui et ses interlocuteurs pas si bon, jusqu'à en douter de son existence. Cette doctrine ne serait-elle pas qu'une supercherie de politesse, où chaque vérité blessante est à bannir, où tout est pardonnable ? Alors qu'au fond il y a sans doute dans le monde pas plus de bien que de mal ? Finalement, c'est sans doute lui qui abandonne le Christ dès qu'il balance «la mort c'est la destruction du corps, et de l'esprit».
Mais ce message et cette réflexion si forts ne seraient pas ce qu'ils sont sans ces dialogues et cette mise en scène, particulièrement lors du dernier office qui se déroule avec Martha. Qui n'est là que pour Thomas et non pour Dieu. On a un plan fixe de sept minutes sur Ingrid Thulin qui livre une excellente performance, parlant face à la camera, à la place de sa propre lettre que lit Thomas, seul. Les interactions de Thomas importent beaucoup moins que l'état de faiblesse de Martha, qui adresse son plaidoyer avec un regard caméra, comme si elle s'adressait à nous, rendant la puissance émotionnelle encore plus forte, en nous impliquant. Nous nous sommes plus spectateurs, la distanciation nous rend acteur de ce sujet polémique.
En définitive, bien que la patte Bergman soit parfois chiante, il nous offre une œuvre qui mérite qu'on s'y attarde en nous mettant à la place de ce pasteur désabusé, face à d'implicites questions sur notre position envers la religion, et cela même si on est athée. Sans didactisme, Bergman nous fait cogiter de manière remarquable sur un seigneur béni, dont la gloire s'étend encore aujourd'hui sur toute la Terre, bien qu'elle s'atténue de part et d'autre.