Ridiculous Language. Stupid Numbers.

S’ouvrent d’abord de nombreux horizons dans une conjugaison des arts et des sciences qui éparpille.

l’hôpital - l’université - le studio d’enregistrement - la vie urbaine - les fouilles archéologiques

Le vent et la ville composent la même atmosphérique bande-son qui invoque une sorte de douce torpeur et diffuse l’insomnie.

Car Tilda Swinton à bout de souffle halète. Absente, bizarrement pas là, frappée de surdité soudaine, elle s’éloigne progressivement. Elle suffoque, et se décidera à ouvrir la fenêtre.

Les songes apparaissent par bribes, par morceaux. Quelques voix d’enfants, quelques images mentales éparses, une couleur. Surtout un bruit.

Le séjour sylvestre s’apparente alors à une cure thermale, un jeûne. 

La rivière active comme une réminiscence venue du fond des âges.

C’est l’immense densité minérale qui renferme ces souvenirs, ces voix, ces récits.

¿ S'agirait-il de simples ondes radios ? L’amusante interrogation est placée là telle quelle, comme une parodie de science-fiction. À moins qu’il y ait plusieurs films en un seul, ou autant de films que de spectateurs.

Dans celui que j’ai vu, le séisme est une manifestation divine, le « bang », un big-bang ré-entendu, le mutique colombien une réincarnation du premier homme civilisé - le plus sage d’entre nous, notre ancêtre commun, et la question est formulée ainsi :

« Qui ou quoi dépasse - transcende - les activités humaines, aussi louables, dignes, belles, hautes, justes, graves qu’elle soient ? »

En clair la trajectoire est hautement individuelle, car mystique. 

Bien sûr la quête de sens. Ridiculous language. Stupid numbers. Les chiffres complètement débiles. L’homme moderne qui sait tout comprendre. Mais l’inexplicable triomphe sans cesse. La vérité habite l’incertitude. Quand on accepte de ne pas comprendre, et qu’on veut bien, avec humilité, croire que (je ne suis pas sûr, je ne sais pas, mais il se pourrait que), alors au moins on ressent.

_JEAN
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le 7 janv. 2023

Critique lue 17 fois

_JEAN

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