Le sacre de l'été
Le plus immédiatement troublant devant Midsommar, c'est sans doute – comme à peu près tout le monde l'aura relevé – de se retrouver face à une œuvre horrifique toute faite d'été, de ciel bleu, de...
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On se souvient combien "Hérédité", malgré le concert de louanges qui l'avait accueilli, s'était révélé décevant, l'intelligence de sa mise en scène sombrant à mi-parcours dans la facilité du cinéma d'horreur de bas étage, et Ari Aster reculant au dernier moment devant ce qu'on pourrait qualifier - certains l'ont fait - la "transcendance" vers laquelle son inspiration "kubrickienne" le menait. Aster est clairement un homme intelligent, en plus d'un véritable auteur - au sens de la "politique des...", c'est à dire un artiste qui "refait le même film" - puisque tous les défauts de son premier long-métrage ont été corrigés dans ce "Midsommar", qui se positionne d'entrée comme un film majeur de 2019.
Au début, il y a déjà cette introduction cauchemardesque qui va "justifier" le trauma d'une jeune femme ordinaire : en apparence scindée du film lui-même, et ce d'autant que son atmosphère nocturne tranche avec l'éblouissante lumière qui noie la quasi-totalité de "Midsommar", cette introduction sur laquelle Aster aura la très grande intelligence de ne (quasiment) jamais revenir, violant toute les règles du thriller psychologique à l'Américaine, sera le fondement sur lequel l'histoire va se construire, jusqu'au magnifique (et logique) plan final...
Ensuite, il y a plus de deux heures de film qu'on pressent - à tort, pour une fois - comme bien longues, et qui s'avèrent indispensables pour que l'effet d'immersion joue pleinement, et que le spectateur, régulièrement incité à le faire par des regards-caméra, se laisse docilement entraîner dans le trip qui lui est proposé, à base de drogues hallucinogènes et de cérémonies enivrantes. La limite de "Midsommar", c'est évidemment que le spectateur accepte de se dissoudre dans cette expérience sensorielle splendide - et horrifique, ne le nions pas puisque, quelque part (mais vraiment quelque part de pas si évident que ça...), il s'agit d'un film de genre. Assez nombreux sont les spectateurs quittant la salle, et quelques ricanements stupides çà et là confirment que l'on peut décider de ne pas "croire" à ce voyage ancestral / new age, qui va pourtant permettre à l'héroïne du film de surmonter ses traumas. Et de se venger, accessoirement, de la stupidité et du manque de coeur des hommes.
Car, au-delà de leur évidente fascination pour les "cultes", les deux films d'Aster peignent de la même manière une masculinité révoltante - en particulier chez les jeunes - que le scénario punira cruellement : peut-être d'ailleurs que le mépris du réalisateur pour ses personnages masculins (le père et le frère dans "Hérédité", le groupe de touristes américains ici) est trop fort pour ne pas un peu déséquilibrer ses films... On verra comment tout cela évolue par la suite...
Hymnes à la puissance éternelle, tellurique même de la Femme, "Hérédité" et "Midsommar" célèbrent la transmission de la Vie et de l'Âme, à n'importe quel prix. En cela, ce sont des films à la fois "hors du temps" et profondément politiques, qui annoncent l'arrivée inattendue dans le cercle des grands cinéastes mondiaux d'un nouvel auteur...
... sur lequel il faut d'ores et déjà compter.
PS : On ne l'a pas dit, mais "Midsommar" fait évidemment très peur, sans jamais jouer sur les codes du genre. Et ne saurait être conseillé aux âmes sensibles, seulement aux cinéphiles qui se désespéraient de ne trouver personne pour reprendre le travail de Kubrick là où la mort l'avait interrompu.
[Critique écrite en 2019]
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le 4 août 2019
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