Partout où il passe The Babadook semble s'attirer la sympathie de la critique, d'abord à Sundance puis chez nous à Gérardmer. C'est plutôt une bonne surprise lorsque l'on sait que ce premier film a été financé en partie par le crowd-founding.
Oui on est d’emblée dans le film de genre, mais pas que. Ici l'horreur sera un prétexte plutôt qu'une finalité, et c'est là où réside tout l'intérêt. Jennifer Kent ne se le cache pas, pourquoi risquer de faire un drame pour tomber dans le mélo, alors que la peur est un vivier d'émotions ? On pense aux productions de Guillermo Del Toro (Mamá, l'Orphelinat) qui mettent l'accent sur des dispositifs codifiés et des thématiques profondes.
Présenté par la réalisatrice comme un film sur l'amour, qui pour se légitimer doit passer par l'enfer,
The Babadook pose très vite son ambiance aux inspirations de Méliès à l'expressionniste allemand, à la fois passéiste et intemporelle, les personnages ne se raccrochent à aucune époque. Pour vous situer, on s'écarte du courant spectaculaire de l'horreur à base de technologies numériques ou de grand-guignol (Saga Paranormal Activity ou Saw). Pas de jump-scare à tout va mais bien une peur psychologique. Si une grosse économie a été faite sur les effets visuels, il s'agit bien là d'un parti pris.
La mise en place du dispositif est des plus simple : une veuve et son fils sont tourmenté par une présence maléfique dans une baraque au parquet qui craque. C'est autant la présence que la peur de ses habitants qui hantent cette maison. Les thématiques abordées posent les questions des lésions de l'âme. Des peurs enfantines et du croque-mitaine, la transition se fait rapidement sur le véritable questionnement du film, à savoir, le refoulement, le deuil non « achevé » et tout ce qu'ils impliquent (caractère antisocial, renfermement...). Sans doute qu'entre deux cigares Freud aurait eu de quoi s'amuser.
The Babadook se pose en conte pour adulte. De la même manière que Les trois petits cochons ou le petit Poucet vont répondre aux angoisses des enfants, il répondra à des angoisses plus matures. Une fois les intentions cernées, la peur n'est plus vraiment au rendez vous, reste une belle histoire avec de bonnes intentions, et en période estivale c'est déjà pas mal.
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