"Moonlight" a surtout fait parler de lui en 2017, où lors de la cérémonie des Oscars, il a reçu la statuette de meilleur film après une très embarrassante erreur. L'équipe de "La La Land" avait en effet au préalable été invitée à monter sur scène pour recevoir la récompense, et c'est en plein speech que les malheureux perdants ont du ravaler leur discours, et remettre la récompense à l'équipe derrière "Moonlight" !
Mais il serait dommage de réduire le film de Barry Jenkins à ce couac. Scénariste et réalisateur, celui-ci raconte entre trois actes l'enfance, l'adolescence, et l'âge adulte, d'un jeune homme noir et homosexuel dans les bas quartiers de Floride. L'intrigue est certes assez réduite, et contient des éléments qui fleurent bon sur le papier le mélodrame excessif : la maman camée, le héros martyrisé par presque tous y compris des lycéens très méchants, la pauvreté, etc.
Toutefois "Moonlight" est un œuvre sensible, qui évoque un thème très intéressant et plus original qu'il n'y parait : la masculinité, en particulier chez les Afro-américains. On y verra comment le protagoniste construit sa personnalité, et comment il choisir de masquer sa propre masculinité différente de la norme, en jouant sur les clichés.
Le film bénéficie d'interprètes de qualité, avec en tête Naomie Harris, Trevante Rhodes, et Mahershala Ali. Sa mise en scène est globalement soignée, avec des séquences nocturnes de bel effet, et quelques scènes qui prennent aux tripes. Néanmoins, la caméra à l'épaule en fait parfois des tonnes, à l'image de ce plan d'introduction tournoyant pour un scène finalement banale.
"Moonlight" n'est donc peut-être pas un grand film, mais une jolie curiosité.