Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet avait été l’un des plus gros succès du cinéma français de ces 10 dernières années. L’appel de la suite tendait les bras à son réalisateur mais l’exercice était périlleux, tant la première partie des vacances de cette bande de potes au Cap Ferret se suffisait à elle-même. De quoi attendre et redouter ce que pouvait proposer Nous finirons ensemble.


Dans le magazine Première du mois d’avril, Guillaume Canet revenait sur sa filmographie en tant que réalisateur. En quelques lignes, il expliquait que chaque film qu’il choisissait de mettre en scène ne devait rien au hasard, mais tombait plutôt à une période donnée de sa vie. Du cinéma qui tombe sous le sens en somme. Canet évoquait également la sortie particulière que représentait Les Petits Mouchoirs pour lui, son plus gros succès en salles à ce jour. Alors qu’il s’apprête à se lancer dans la tournée promo du film, l’un de ses amis décède de la même manière que le personnage de Jean Dujardin dans la scène d’ouverture. Un prétexte qui suffit à lui seul à faire repousser toute idée de suite à Guillaume Canet. Vient ensuite son aventure américaine avec Blood Ties. Succès relatif et une critique qui sort les griffes. Toujours avec Marion Cotillard, il enchaîne avec l’exercice auto-parodique Rock’n Roll, bien reçu par la presse mais très loin du succès escompté en salles. Le moment était sans doute venu de retrouver le sourire en se rappelant au bons souvenirs de cette bande de potes. Sans compter que c’est peut-être le moment de faire le bilan pour Canet qui, comme ses personnages, s’enfonce dans la quarantaine.


On avait quitté la bande lors des obsèques de leur pote Ludo, tous soudés et en larmes. Alors qu’on pensait que ce drame aurait un effet fédérateur, le son de cloche est toujours aussi noir lorsqu’on les retrouve, neuf ans plus tard. Le moral dangereusement proche du vide, Max (François Cluzet) est parti se ressourcer seul au Cap Ferret. Sa bande de potes, qu’il n’a pas vu depuis trois ans, débarque à l’improviste pour son anniversaire. Une surprise qui passe mal pour des retrouvailles qui s’annoncent plus que complexes, le temps des « petits mouchoirs » étant bien loin…


Pour la première suite de sa carrière, Guillaume Canet jouait avec le feu. Combien de séquelles inutiles sont venues salir la réputation d’un premier volet qui se suffisait amplement ? Il fallait donc donner à Nous finirons ensemble une vraie raison d’exister. Guillaume Canet va la chercher dans la notion d’amitié, des vies qui changent, du temps qui passe… Si cette suite ne se hisse pas au niveau des Petits Mouchoirs, les réflexions qui y sont lancées sont intéressantes, et justifient à elles seules, l’existence de ce projet. Une suite qui déstabilise d’entrée de jeu. Le temps à fait son office et les personnages ont changés. De quoi demander une petite adaptation au spectateur. François Cluzet pousse les curseurs au maximum, forçant même trop au passage dans les coups de gueule qui caractérisent son personnage. Grosse transition aussi pour Marion Cotillard, qui retrouve un personnage radicalement transformé, flirtant parfois avec celui qu’elle campait dans Dikkenek. Toujours dans les bottes du mec naïf et touchant, Laurent Lafitte en prend littéralement plein les gencives durant tout le film, comme si il n’avait rien d’autre à offrir que son rôle de ressort comique. Même son de cloche du côté de Benoît Magimel, dont certains enjeux dramatiques ne trouvent pas de conclusion, sans qu’on ne sache pourquoi. On passera enfin sur d’autres, encore plus secondaires qui ne servent quasi à rien, notamment Valérie Bonneton et José Garcia.


Une fois la première partie du film passée, sa plus faible sans le moindre doute, le spectateur a eu le temps de se faire aux différents changements de tons. S’il reste drôle, avec des séquences très efficaces, Nous finirons ensemble est résolument plus noir que Les Petits Mouchoirs. Guillaume Canet n’hésite pas à égratigner l’image de ses personnages qui eux, n’hésitent plus à se dire leurs quatre vérités en face. Au cœur de ces différentes confrontations, Canet s’interroge à travers eux, sur lui-même, mais aussi sur ce qui reste de l’amitié avec le temps qui passe. L’habilité de Canet avec ce film est de reprendre un univers familier tout en proposant autre chose, de partir dans une autre direction avec des réflexions pertinentes qui trouvent une conclusion touchante et pleine d’espoir, loin du côté mélo du premier film. Le tout est évidemment emballé avec soin et talent, même si le réalisateur délaisse quelques plaisirs de mise en scène pour, justement, se recentrer davantage sur la direction d’acteurs. Et lorsque le générique de fin se pointe, il faut bien avouer que toute cette petite bande nous avait manqué.


Ticket ou Télé ? Ticket, rien que pour voir Laurent Lafitte rejouer Elephant Man.
Moins solide et abouti que Les petits Mouchoirs, Nous finirons ensemble reste une suite de bonne facture, qui justifie son existence, a priori casse-gueule, par son propos et ce qu’elle essaie de raconter au public. Toujours drôle, moins mélo, plus touchante, plus noire, plus rentre dedans, cette suite est longue à se mettre en place. Mais une fois les enjeux posés, elle se révèle réjouissante et le plaisir de retrouver cette bande toujours intact. Reste que pour un film qui se veut si proche de ses personnages, il est dommage d’en mettre certains de côté alors que d’autres frôlent limite la caricature.

Breaking-the-Bat
6

Créée

le 14 juil. 2021

Critique lue 482 fois

Valentin Pimare

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