"Nous sommes tous des assassins" est un film réalisé par André Cayatte en 1952 sur l'épineux problème de la peine de mort.
On le sait, le problème est complexe puisqu'il faudra encore 30 ans pour que cette peine soit abolie en France. Cayatte montre d'ailleurs à quel point le problème est complexe en donnant différents axes de réflexion sur l'illusion de l'exemplarité, sur les différents "mécanismes" sociétaux qui conduisent un homme à se trouver en situation d'être condamné à mort, sur la part d'affect qui l'emporte bien souvent sur la raison chez les jurés d'assise. En d'autres termes sur l'illusion du devoir citoyen bien fait ou encore sur l'illusion de la bonne conscience.
Pour appuyer son point-de vue, Cayatte organise le film en deux parties.
Dans la première partie, il analyse et détaille la vie misérable et sans aucun repère de René Le Guen qui se retrouve, un peu par hasard, recruté par la Résistance pour effectuer des attentats sur les nazis et qui continuera sur la même lancée après guerre. Il y a la responsabilité de Le Guen qui ne fait pas de doute. Mais Cayatte montre aussi qu'il y a une responsabilité collective sur le comportement de Le Guen.
Dans la deuxième partie, Cayatte amène Le Guen dans le quartier des condamnés à mort d'une prison et nous fait voir comment les derniers mois des condamnés peuvent se dérouler, épiant les moindres bruits susceptibles d'annoncer le petit matin fatal et le soulagement quand l'heure a passé. Il va d'ailleurs jusqu'à montrer le déroulement des préparatifs à l'exécution (en nous faisant toutefois grâce de la dernière étape). Un des participants dira "on ne s'y habitue jamais".
Le casting de ce film est impressionnant car on y retrouve la plupart des seconds rôles des années 50 :
Mouloudji dans le rôle de Le Guen, probablement un de ses plus grand rôles au cinéma.
Les autres condamnés sont joués par Balpetré dans le rôle d'un médecin condamné pour l'empoisonnement de sa femme, Pellegin dans le rôle d'un corse condamné pour vendetta, Marcel Perés dans le rôle d'un violeur et assassin d'enfant.
On trouve aussi Sylvie dans le rôle de la mère du corse (Pellegrin). Dans la logique de la vendetta, elle appellera à poursuivre l'action (purificatrice ) de son fils, mettant à mal l'exemplarité de la peine de mort.
Paul Frankeur dans le rôle du maton principalement dévolu au quartier des condamnés à mort.
Louis Seigner dans le rôle du prêtre qui est là essentiellement pour endormir la vigilance des condamnés à mort et ainsi faciliter les choses. Il s'opposera à un jeune curé qui se montre, lui, opposé à la peine de mort.
Georges Poujouly dans le rôle du jeune frère de Le Guen. (C'est aussi le petit garçon de "Jeux Interdits"...
Et puis Jean-Roger Caussimon, Henri Crémieux, Jacques Morel, Bernard Musson....
En guise de conclusion, on peut dire que c'est un film "à thèse" qui se veut démonstratif, qui évite le manichéisme. Il montre que le débat judiciaire, qui est difficile lorsqu'on évoque des crimes révoltants, ne pourra pas évoluer tant qu'on est dans une logique de vengeance ou de Loi du Talion. L'autre voie que Cayatte défend est celle d'une justice plus préventive pour éviter d'en arriver à de telles situations.
Intéressant et à mon avis, toujours actuel.