Pour apprécier pleinement cette montagne de douceur et de belles émotions jamais surfaites qui constitue « Ôtez-moi un doute » il faut faire fi des très nombreuses coïncidences qui égrènent le film. La première passe sans trop de problèmes et, si elle n’existait pas, le long-métrage n’aurait pas lieu d’être. Mais force est de constater qu’il y en a beaucoup durant une heure et demie et, à la fin, certains pourraient assimiler cela à des facilités de scénario voire à une exagération qui déconnecte totalement le film du réel. Si l’on n’était pas dans un registre à cheval entre rires, larmes et tendresse mais seulement dans celui de l’humour boulevardier, on appellerait ça du vaudeville avec ces coups de théâtre et ses rebondissements trop faciles. Mais, dans ce feel-good movie parfaitement maîtrisé, ces coïncidences et ces signes passent avec une aisance déconcertante pour peu qu’on ait envie de profiter du bonheur qu’il a à offrir.
Carine Tardieu s’était déjà illustrée dans le registre de la comédie dramatique à plusieurs reprises avec ses deux précédentes réalisations, « Du vent dans mes mollets » et « La Tête de maman », des fantaisies plaisantes mais quelque peu décousues et pas toujours rythmées. « Ôtez-moi d’un doute » semble donc être le film de la maturité tant la cinéaste maîtrise son sujet, le tempo comique et dramatique ainsi que sa direction d’acteurs. On ne voit pas le temps passer à côté de ses personnages gentiment truculents mais plus ancrés dans le réel que d’habitude, même si quelques pointes de folie sont toujours bien présentes. C’est notamment le cas avec le personnage de Didier joué par Esteban, à la limite du grotesque mais jamais dedans, à tel point qu’il en devient vraiment drôle. Petit plus, le charme de la côté bretonne est parfaitement rendu et change un peu des films situés dans les grandes villes ou la rase campagne. Cela apporte un côté rural plaisant au long-métrage.
Quant au couple de cinéma composé de François Damiens et Cécile de France, complètement improbable sur le papier, il se révèle une idée de cinéma en or. Ils sont tout à fait compatibles à l’écran comme dans leur romance. Ses réparties à elle sont d’un fatalisme et d’un cynisme à tomber par terre et elle prouve qu’elle sait autant faire fondre Jean Dujardin dans un thriller (ah la scène d’amour de « Mobius ») que François Damiens dans cette jolie histoire iconoclaste. D’ailleurs, après Poelvoorde ou Garcia, ce dernier montre qu’il est aussi bon comique que comédien tout terrain. Laissant l’humour de côté, il sait se montrer charmant et surtout émouvant. Quant aux seconds rôles de toutes générations, des plus vieux (Wilms et Marchand qu’on trouve plaisir à retrouver) aux plus jeunes (De Lencquesaing, …), ils sont au diapason d’un film qui fait chaud au cœur. En nous parlant de la paternité sous toutes ses formes, de l’absence du père au père poule en passant par le père de substitution et le père biologique, Tardieu dit tout et de la plus belle des façon sur le fait d’être père et l’importance de celui-ci. Un bien beau film dont le final poétique et émouvant à souhait finit de nous emporter.