Perfect Days, c'est l'histoire de cet homme, Hirayama, qui chaque matin se lève dans le froid des matins bleus de Tokyo, partant réaliser méticuleusement son devoir de nettoyeur de toilettes publiques dans le centre de la capitale impériale.
C'est l'histoire de cet homme qui tous les jours s'engouffre dans le froid, l'ombre et la morosité de de la jungle ordonnée tokyoïte, toujours plus terne, toujours plus indifférente.
Chaque jour, Hirayama suit une même routine, captif d'un carcan qui le suit heure après heure, merveilleusement exploré par la caméra inquisitrice de Wenders qui n'hésite pas à filmer tantôt de la même manière certaines de ces actions ou qui au contraire adopte un nouvel angle, révélant une nouvelle perspective sur le geste répété jour après jour, quelque fois teinté d'une variation, d'une modulation, d'une coloration.
De ce métrage, nous ne saurons retenir de grands discours mais davantage des images, des visages, des couleurs, le silence; dans son quotidien morose d'attrait, le poète en bleu de travail s'enveloppe de calme; dans la ville fourmillante et méfiante, il ralentit, il choisit la halte; face à la nature grandiose de l'arbre, seule verticalité notable avec la Tokyo Tower urbaine, l'Olympus s'efforce d'en capturer la vivacité, l'éclat.
Posant un regard enjoué et souriant sur les petits rayons de soleil qui constellent la voûte si terne d'aspect de son existence, Hirayama devient dans les mains de Wenders une sorte de mélancolique, de romantique heureux; le long métrage ne cessera durant deux heures de conjuguer cette antithèse qui retrouve sans doute son exutoire dans la scène finale, cristallisant la magnificence insoupçonné de la vie d'un simple nettoyeur de toilettes; accompagné par Feeling Good de Nina Simone, Koji Yakusho laisse son visage, progressivement baigné de la lueur orangée et réconfortante du soleil, se tordre entre grimaces humaines, trop humaines, sourires et larmes rougissant des yeux toujours pétillants; peut-être Wenders est-il bien parvenu à dépeindre le bonheur lucide empreint d'ataraxie dont l'œil perçant sait déceler la beauté de chaque instant, la beauté de chaque évènement, la beauté de la vie.
Peut-être Wenders est-il même parvenu à contempler et à nous faire contempler cette beauté au travers d'une caméra d'une intelligence sage; que demande donc le peuple ?
9/10 pour la beauté de chaque instant