Attention : spoilers.
Denis Villeneuve a connu l'ascension fulgurante des grands réalisateurs; semblable à un Spielberg, il sortait avec Prisoners son Les Dents de la Mer, avec Polytechnique son Duel. Premier film réputé de son metteur en scène, Polytechnique a ceci de particulier qu'il démontre, dès son introduction, toute la maestria visuelle de son réalisateur. Flanqué d'un magnifique noir et blanc, il pose le ton directement : le massacre se fera à échelle humaine, avec émotion et sensibilité, drame et cruauté.
Et tout du long, l'oeuvre oscille entre tous ces thèmes complexes à gérer (visuellement et scénaristiquement) sans tomber dans le pathos larmoyant; on la suit avec passion, la goutte au front, craignant pour ces deux personnages dont on suit l'histoire dramatique. Le choix des protagonistes est d'ailleurs intéressant : un homme, une femme, deux personnalités contraires qui s'attirent et se cherchent de manière éphémère.
D'un côté, Sébastien Huberdeau campe un survivant qui tentera d'aider le maximum de personnes durant la fusillade, courageux archétype du leader né; de l'autre, Karine Vanasse fascinera par la véridicité de son jeu de femme innocente, de victime incapable de faire autre chose que subir et tenter de s'en sortir tant que faire se peut.
Jusqu'ici, la répartition des personnalités semble coller aux stéréotypes des genres au cinéma; le film deviendra intéressant lorsqu'il aura l'idée, une fois le drame passé, de montrer, dans deux histoires distinctes, l'avant, le pendant et l'après de ces deux personnages traumatisés de différentes manières, et d'ainsi interchanger les types de personnalités.
L'homme fort finira détruit, la femme frêle se relèvera difficilement mais, une fois le combat intérieur conclu, trouvera le courage de continuer de vivre, de donner la vie, d'accepter d'avancer avec son passé, son présent et son futur (les trois étant montrés par Villeneuve de différentes manières, toutes avec une signification particulière) plutôt que de mettre simplement un terme à son existence.
Au milieu de cela, le tueur campé par Maxim Gaudette tient donc le rôle du destin : en poussant nos deux héros dans leurs retranchements les plus sombres et torturés, il a révélé leurs vraies personnalités, permettant ainsi à Polytechnique de briser les codes du film de survie avec un homme pour héros indestructible et constamment vainqueur, préférant le considérer comme vaincu pour donner plus de place à une figure féminine aussi touchante qu'inspirante.
Outre cela, on retiendra la violence visuelle d'un réalisme cru mais jamais gratuite, en plus d'un magnifique noir et blanc aux jeux d'ombres et de lumière réussis. Film coup de poing jusque dans sa durée éclair (1h16 au compteur pour deux histoires se déroulant en une), Polytechnique marque par sa justesse, sa violence et son propos féministe pertinent, quoi qu'on pourra trouver l'enchaînement des histoires abrupte dans la transition de l'une à l'autre, puis linéaire dans sa manière de nous narrer la vie de ses personnages.