« [Star Wars] is actually a soap opera » déclarait George Lucas dans une interview maladroite. Rogue One ne déroge pas à la règle en nous contant les aventures de Jyn Erso (Felicity Jones), jeune rebelle par aventure décidée à voler les plans de l’Étoile de la Mort, arme ultime conçue par son papounet. De ce synopsis simple, les scénaristes Chris Weitz et Tony Gilroy ne font que la deuxième partie d’un film qui se voulait plus riche et plus nuancé, notamment grâce à une première heure installant l’action, les personnages et leurs tiraillements.
Cette heure poussive plombe le film et en fait un mauvais Disney pour garçons. Les intentions de ses créateurs sont visibles et louables. La mise en scène de factions au sein même la rébellion contre l’Empire est étonnamment dérangeante : en ces temps troubles, il est difficile d’attirer de la sympathie pour des terroristes se planquant dans des grottes au milieu d’un désert. Cassian (Diego Luna) est un rebelle à la gâchette lâche. Le personnage incarné par Forest Whitaker a lui-même un petit côté Colonel Kurtz qui ne déplairait pas s’il n’était expédié en deux temps trois mouvements.
Comme Suicide Squad quelques mois avant lui, Rogue One ne s’offre pas le temps de poser ses personnages. Seul Cassian a une réelle raison d’exister aux côtés de Jyn en apportant un contrepoids peu subtil aux daddy issues de l'héroïne. Quatre autres comparses accompagnent nos héros, mais leur apport au film est de l’ordre du marketing. La performance de Ben Mendelsohn en méchant est cependant à souligner.
Une heure et demi et une expédition inutile sur une planète humide plus tard, le film démarre.
La dernière heure a quelques mérites, noyés entre deux pep-talk, appels niais à l’héroïsme et sacrifices au ralenti. Mise en scène et montage nous offrent la meilleure bataille espace/air/sol de tout Star Wars. La rudesse des combats est dans le ton de The Force Awakens. L’inspiration est celle du film de guerre, et Gareth Edwards nous immerge dans l’affrontement sans autre difficulté que celle de nous intéresser au but réel de l’entreprise : la transmission via une tour via un signal radio via un repositionnement de l’antenne satellite des dits plans - artifice narratif créé afin de mettre chaque personnage de la bande à contribution. Une fois la mission remplie - donnant lieu au passage à un plan ridicule sur une plage au soleil couchant, les fans apprécieront les deux minutes trente de Darth Vader qui, à elles seules, sauront justifier le visionnage de ce film.
Si Star Wars est une référence cinématographique, c’est par la capacité de son auteur à créer un monde complet qui nous donne envie de l’explorer, et d'apprécier les histoires qui peuvent s’y dérouler. Ce que Rogue One nous apprend, c’est que l’univers - bien que respecté à la lettre - ne suffit pas, et qu’il est facile de faire un mauvais film quand bien même il est balisé. La déception est grande, sans même mentionner l'indigence de la bande originale bâclée par Alexandre Desplat et Michael Giacchino.