Si pour moi, le charme de la découverte du cinéma indien s'est évaporé depuis très longtemps maintenant et malgré tous les défauts que l'on peut lui attribuer comme cette extrême exagération dans les scènes d'action ou l'exacerbation des sentiments qui pourrait tuer sur place n'importe quel allergique à la guimauve, il faut dire ce qui est : je vois régulièrement d'excellents films venus du pays de Gandhi et quelques années après le diptyque Baahubali, le retour aux affaires de S.S. Rajamouli était particulièrement attendu par votre serviteur et ce, dès les premières bande-annonces qui promettaient d'envoyer du pâté et le résultat fut à la hauteur des espérances.
Alors oui, RRR possède tous les tics plus ou moins supportables des films masalas du Sud de l'Inde mais voilà, j'ai presque envie de dire que pour une fois, c'est réellement justifié par le parti pris du réalisateur. Contexte : dans les films indiens commerciaux, il y a très souvent une scène de baston - généralement particulièrement mal chorégraphiée - où le héros, même le plus "ordinaire", tape par paquet de douze des méchants vraiment vilains. Ici, Rajamouli s'inspire ouvertement de deux révolutionnaires télougous qui ont réellement existés mais qui ne se sont jamais rencontrés : Komaram Bheem et Sitarama Raju en livrant donc une histoire complètement fictionnalisée de leur rencontre et de leur combat contre le colon britannique dans les années 20 mais auquel le réalisateur ajoute une dimension épique et fantaisiste puisqu'il cite également pour décrire ses protagonistes deux personnages issus des grands textes épiques hindouistes : Rama, avatar de Vishnu, et héros du "Ramayana" et Bheema, grand frère du héros Arjuna dans le "Mahabharata" et connu pour sa force surhumaine.
Du coup, non seulement RRR possède une histoire passionnante sur la révolution contre l'oppresseur avec des scènes particulièrement prenantes (le flash-back de la jeunesse de Rama) qui couvre des thématiques profondes (l'amitié entre les héros est mise à rude épreuve, le racisme et la violence subi par le peuple) contrebalancées par des scènes d'action de folies
toute la scène de l'attaque de la propriété du gouverneur anglais avec les animaux sauvages lâchés dans la foule, ou tout le dernier acte où nos deux révolutionnaires deviennent littéralement des avatars des deux personnages mystiques dont ils partagent le nom
qui m'ont littéralement renvoyé en enfance pendant trois heures d'un grand spectacle tellement généreux.
Bref, RRR trouve l'équilibre parfait entre son sujet particulièrement mature et des scènes d'action jouissives à souhait mais aussi entre l'intensité et l'émotion, porté par les deux très charismatiques N.T. Rama Rao Jr. et Ram Charan. En espérant que S.S. Rajamouli porte un jour à l'écran les récits homériques que sont le "Ramayana" ou le "Mahabharata", il a ce qu'il faut pour!!