Pour commencer, je crois que je hais les gens qui disent « perdre du temps » dès qu’ils ont le malheur de constater qu’ils n’ont pas aimé le film qu’ils viennent de voir. On ne « perd » jamais « de temps » à regarder un mauvais film, ou une « daube » (comme certain on injustement décrit ce film). On regarde des films, certains sont moins bons que d’autres, cela fait partie intégrante d’une expérience (de visionnage), d’une culture cinématographique à part entière, et pour finir, de la vie. Du bon, du moins bon. Si on ne regardait que des merveilles du 7ème art, on se ferait chier je crois, non ? Voilà, ouf ça fait du bien…
Bon, maintenant, quelques mots à propos du film toud'même. L’histoire avance logiquement (en apparence) sur un personnage charismatique et bouillonnant, Eddie (Sean Penn), et plus encore sur l’histoire d’amour qui le lie à Maureen (Robin Wright Penn), sa femme, non moins bouillonnante.
Mais tout cela est déjà trompeur, il ne s’agit pas d"Eddie, ni de la banale histoire d’amour qui lie (et consume) les tourtereaux impulsifs.
Nick Cassavetes (de grande filiation), qui donne au passage un petit rôle à sa Rowlands de maman sur un scénario de son John Cassav' de papa, nous emmène adroitement dans les déboires et les principes à boire d'Eddie, petite frappe au grand cœur qui a sans doute toujours rêvé d’être un gangster et d’avoir une vie facile. Facile de s’y tromper, puisque le Penn, ben il crève l’écran, alors on ne voit que lui et pas le véritable sujet du film. Complètement cinglé, le mec est un vrai chien enragé, un psychopathe. Alors il se fait interner, logiquement, pour se faire vacciner de la rage en quelque sorte. On rentre alors dans la deuxième partie. C’est alors « The Place Beyond The Pines » avec 15 ans d’avance, sauf que là, l’histoire fait un saut de 10 ans dans le futur, une fois que le séjour en HP de Eddie se termine.
Le film paraît alors un peu borderline (comme son héros en fait), bancal, schizo presque, voire bâtard. En tout cas tronqué d’une partie qu’on aurait voulu voir développée. Déconcertant, le film l’est certes, mais parce que nous ne voulions pas voir le véritable sujet du film : c’est-à-dire l’amour que Maureen porte à son mari. Elle est tellement amoureuse que même si elle refait sa vie avec John Travolta, qu’elle a 3 enfants et qu’elle a tout pour être heureuse, une belle maison avec un putain de bar à l’intérieur et une piscine, …elle a toujours son « chien enragé » dans la peau. Une fois ce constat fait, je ne vois plus ce film comme étant déconcertant, mais plus fin et subtil qu’il n’y paraît. L’amour qui « possède » tout entier Maureen est un poison qui la ronge de l’intérieur, un brûlot corrosif qui l’empêche d’être heureuse. Le film prend vraiment les spectateurs que nous sommes à contre-pied, surprend, et justement, encore plus avec le recul, ça a parfois du bon.
Qu’il aurait été facile de sombrer dans les concessions d’un cinéma bon marché, prévisible, avec un Sean Penn encore plus désappointé qu’avant en constatant que sa femme a refait sa vie. Il aurait tout tué sur son passage, aurait joué les gros bras, les Scarface de seconde zone, et beaucoup de spectateurs auraient eu le sentiment de ne pas se faire avoir et de ne pas perdre leur temps. Considérations négligeables.
Il faut se laisser embarquer dans cette petite perle, se laisser aller dans ce petit délice où l’humour portée notamment par un Harry Dean Stanton en vieux chien fruste et mutique fait mouche.