The Bay est quasiment passé inaperçu lors de sa sortie en salle. Sorti fin juin en France, au moment où les étudiants révisent leurs partiels, où les juilletistes planifient leurs vacances et où tous les cinéphiles se focalisent sur les premières sorties publiques estampillées Cannes, il a été assez facile de passer à côté de ce film. Le nom du réalisateur aurait pourtant du projeter ce film un peu plus sur le devant de la scène : Barry Levinson. Alors, on a sûrement oublié qui était Barry Levinson, mais le nom fait tout de même tilt et une simple recherche Wikipédia montre qu’il s’agit d’une pointure du cinéma des années 80 et 90 avec à son palmarès des succès aussi bien critiques que commerciaux tels que Rain Man, Good Morning Vietnam, Sleepers, etc… Bref un réalisateur bankable, dans la pure veine classique hollywoodienne, un incontournable du cinéma de la fin du Siècle dernier.
Il semble cependant que son heure de gloire soit achevée, car bien que comme le prouve « The Bay », il n’a rien perdu de son talent, c’est en revanche la confiance des producteurs qui lui fait maintenant défaut. Le cahier des charges et le budget de The Bay semblant en effet très restrictifs, laissant peu de marge de manœuvre à son réalisateur. On sent en regardant le film que la consigne des producteurs a été : « on veut un film en found footage qui coûte pas cher et qui fait peur ». A la manière des écrivains oulipiens qui en s’imposant des contraintes d’écriture transcendaient leurs styles, Levinson joue avec ces restrictions et s’impose dans un style où l’on ne l’attendait absolument pas. Tel un Ang Lee, à l’aise dans toutes les catégories, il s’accommode très bien à la série B et en livre une intelligente, angoissante, parfois drôle et plutôt gore.
The Bay raconte l’histoire d’une petite bourgade des Etats-Unis qui se retrouvent confronté à une étrange épidémie décimant ses habitants dans d’atroces souffrances avec effusion de sang, vomissements, chairs putréfiées et autres sympathiques symptômes à une fréquence qui – respect des codes du genre oblige – s’accélère tout au long du film.
Cette histoire est racontée à travers des images d’archives retrouvées sur tout type de support : caméra de surveillance, films de téléphones portables, enregistrements Skype, films de blogs amateurs, etc… Et c’est là l’intelligence du film. Outre le fait qu’il exploite parfaitement les possibilités qu’offre l’ère du spectacle dans laquelle nous vivons où tout se retrouve filmée à un moment ou un autre, il évite la principale limite des films de found footage. En effet un des problèmes de ce type de films et qui n’a que très rarement été contourné avec brio est qu’au bout d’un moment, le spectateur se dit « mais bon sang pourquoi ce type continue à filmer alors qu’il est en train de se faire attaquer par, au choix : des zombies, une sorcière, Godzilla, etc… t’as rien de mieux à foutre que de filmer, comme je sais pas moi, lâcher ta caméra et partir en courant, par exemple ? ». Mais grâce à la multiplication des sources et à un montage maîtrisé, dès qu’un des angles de vue se tarit, on passe à un autre avant que celui-ci n’amène le spectateur à sortir de l’histoire, sans jamais atteindre ce point de rupture dans la cohérence du récit.
Ce procédé avait déjà été utilisé dans le moins réussi « Chronicle », mais il faut dire que le sujet s’y prêtait moins, car beaucoup plus intime. Ici, cette technique de narration s’adapte à merveille, car il s’agit de montrer un phénomène qui attaque une population, à différents moments, dans différents endroits, donc la multiplication des angles de vue se justifie totalement, surtout que l’ensemble se tient car il est montré comme une sorte de documentaire liant les différentes archives filmées entre elles. L’histoire n’est donc pas linéaire, multiplie les ellipses et les flashbacks, sans jamais perdre le spectateur grâce à un montage limpide.
Ce film pourrait presque recevoir l’appellation de film chorale car l’on suit plusieurs personnages clés tous confrontés au phénomène qui attaque la ville : un médecin skypant avec un centre de recherche bactériologique, un couple de biologistes documentant leurs recherches grâce à un journal filmé, deux policiers à travers la caméra de sécurité placée dans leur voiture, une journaliste filmant les évènements, etc… Cela permet de rentrer d’autant mieux dans l’histoire, ces personnages constituant des points d’ancrage qui guident le spectateur à travers l’horreur collective dans laquelle la ville est plongée.
The Bay arrive donc à se jouer des limites inhérentes à la fois des films de found footage et des films de série B et nous livre un spectacle assez jouissif, tantôt suggestif et angoissant, tantôt démonstratif et franchement gore dans ce qui pourrait être résumé comme un mélange de « Piranha 3D », de « Cloverfield » et de « Alien ».

BasileRambaud
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le 6 sept. 2015

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