Projeté dans les salles françaises depuis le 31 décembre, The Riot Club a réalisé une entrée discrète avec moins de 100 000 entrées. Après des difficultés au Royaume-Uni, pourtant son pays d’origine, le film de Lone Scherfig (qui a dirigé Anne Hathaway dans Un jour, en 2011) ne sera donc pas le succès de l’année. Pourtant, son sujet, un club intime d’Oxford, l’une des meilleures universités du Monde, pourrait séduire un plus grand nombre de spectateurs.
Riot Club prend place à Oxford de nos jours. Ce club, fondé en hommage d’un homme aussi impétueux qu’érudit du nom de Lord Riot, réunit dix étudiants à la fois riches, éduqués et, normalement, intelligents, qui se qualifient elles-mêmes de « légendes ». Depuis trois siècles, ce club a fait de la débauche un idéal de vie et de l’excès une coutume, et ce principalement lors de dîners organisés plusieurs fois dans l’année, durant lesquels des milliers de livres sont dépensés pour permettre à ces légendes d’enchaîner les culs-secs. Une nouvelle année commence, deux anciens du club sont partis, et il faut donc recruter. On se tourne alors vers Miles Richards et Alistair Ryle, deux entrants. Ce dernier est d’ailleurs le frère du précédent président du club.
Derrière ce synopsis, qui pourrait faire passer le film comme fermé au grand public et élitiste, se cache une réalisation honnête, extrêmement critique envers ce petit monde. Très critique envers ces élites qui se pensent, par leur ascendance, supérieures aux « pauvres » (est qualifiée de pauvre toute personne n’étant pas issue d’un des quatre meilleurs lycées britanniques), la réalisatrice Lone Scherfig sait montrer ces gosses de riches comme on ne les voit jamais et comme on les imagine difficilement: Des personnes imprégnées d’une sorte de jalousie, celle de ne pas avoir pu vivre pleinement leur jeunesse, et d’une haine des pauvres, des gens différents. Au bout de quelques minutes, on peut être frappé par la façon dont les étudiants d’Oxford sont représentés comme n’importe qui, comme des gens ordinaires. Comme des humains, finalement. A la fin, on ne peut qu’être frappé par le côté inhumain qui a germé en eux et a explosé, créant un drame.
Si le film n’est évidemment pas tiré d’une histoire vraie, le Riot Club n’ayant jamais existé et une telle histoire semblant difficilement possible, il critique assez brutalement l’élite britannique pour la remettre en question. Adapté d’une pièce de Laura Wade, également scénariste du film, le métrage a gardé cet aspect très théâtral en n’omettant pas de montrer la violence, en l’exposant aux yeux du spectateur. Après une première partie qui a vu l’arrivée de Ryle et Richards à Oxford et leur entrée au club, la deuxième partie du film, consacrée au banquet de début d’année, est très bien réalisée et, en huis clos, on voit à la fois d’un côté l’escalade de dépravation des jeunes étudiants et, de l’autre côté, le déchirement d’un père et de sa fille, lui gérant du bar, elle serveuse. En filmant de près les membres du club, on pénètre dans l’intimité de chacun, mais on a également une vision englobante grâce à quelques plans d’ensemble et une action qui peut passer d’un côté de la table à l’autre en quelques secondes. On voit également dans ce banquet le talent des acteurs principaux, jusque-là peu mis en avant: Si Max Irons ne m’a pas toujours paru convaincant, ne parvenant pas à exprimer toute la complexité de son personnage, Sam Claflin est assez bluffant, se transformant tout au long du métrage. La malsanité dans le regard de Jack Farthing apporte une certaine fascination du personnage, pourtant plutôt effacé. Cependant, on peut regretter la présence peu utile et inexploitée de Natalie Dormer, notamment.
Il manque aussi une certaine viabilité au scénario, qui part sans doute trop loin au détriment du rendu global. L’escalade de violence dont font preuve les membres du club est effrayante mais irréaliste, notamment pour la réaction apportée par ceux-ci à cette soirée par la suite. La critique est parfois trop brutale pour convaincre réellement. On n’a jamais l’impression d’avoir devant soi un chef d’oeuvre ou un film de réelle qualité, même si il n’est à aucun moment question d’un échec, tant les scènes s’enchaînent avec fluidité et montée de l’anxiété.
En résumé, on a affaire ici à une fresque sociale impressionnante, très concentrée sur ces messieurs d’Oxford mais s’aventurant également du côté de simples restaurateurs pas du tout aisés et au fort accent gallois. Il ressort beaucoup de choses de ce film, malgré ses manques et ses excès, mais l’idée principale est, pour moi, que rien ne fait plus mal à la nature humaine que la puissance de l’argent.