Ça commence comme un buddy movie (genre qui n’existe pas encore) avec deux chasseurs de prime qui courent après l’argent en faisant sacrément les marioles. On se croirait presque dans une comédie tant l’acolyte d’Isaac Hayes en fait des caisses en coéquipier relourd à la blague potache facile. Pour parler clairement, ça sent le pur nanar à plein nez. Hormis le générique plutôt classe avec la musique qui va bien (mais c’est jamais un souci avec la blaxploitation et, en plus, elle est signée du maître Hayes en personne), les premiers dialogues sont en roue libre et les deux premiers gags presque gênants. Pour son vrai premier rôle, Isaac Hayes semble se chercher encore mais, assez rapidement, il prend la mesure des choses et le film se met à décoller gentiment. D’abord, parce qu’il abandonne ce ton un peu comique pas très raccord avec l’ambiance du film et puis parce qu’il se met à dérouler son récit. L’intrigue est en elle-même plutôt simpliste mais elle a l’avantage d’être claire et efficace. À la poursuite d’un mac qu’ils doivent ramener à son prêteur sur gages, notre duo finit par lui faire la peau. Sa maîtresse, folle de douleur, jure leur mort et surtout celle de Turner. Elle fait donc appel aux meilleurs tueurs à gages du coin pour leur faire la peau.
De traqueur à proie, le héros permet au film de gagner en intensité et cette deuxième partie est clairement mieux réussie que la première qui avait tendance à connaître d’affreuses baisses de rythme. Courses-poursuites, fusillades, gunfights, le titre aligne tous les poncifs du film d’action mais il le fait, ce qui est loin d’être toujours le cas dans ces productions, avec un réel sens de l’efficacité. Pas toujours très crédibles mais portées par une certaine science de la mise en scène (ce qui n’exempte pas les habituels faux raccords), les séquences s’enchaînent à un rythme suffisamment vif pour entraîner le spectateur dans une histoire caricaturale mais portée par des acteurs charismatiques qui font vraiment le taf (Yaphet Kotto étant un méchant qui a un réel poids à l’écran).
Tout n’est évidemment pas hyper fluide mais l’ensemble fonctionne par sa dimension iconique. Que ce soit Isaac Hayes avec son gros magnum qui tire dans le dos ou dans un hôpital si nécessaire, la dimension « revenge movie » que prend le film lors de son deuxième acte ou ses jolis excès de violence, voilà un titre de blaxploitation tout à fait recommandable qui se regarde à l’aise Blaise comme n’importe quelle série B qui se respecte.