Le dernier film en date de Malick, The Tree of Life, a été quelque peu difficile à digérer. Avec Une vie cachée, le cinéaste revient à une meilleure lisibilité. Point d'abstraction ici si ce n'est cette façon de magnifier tous ses décors, comme autant de tableaux.
Dès l'introduction l'image est mise en valeur. La nature encore au premier plan, et la montagne comme gardienne souveraine des destinées, accompagnant la violence des hommes. Je retrouve ce grand souffle de La ligne rouge et Du nouveau monde et leurs sentiments exacerbés. La poésie dans chaque geste simple du quotidien, le travail de la terre, et le bruissement de l'herbe qui vient rompre le silence. Mais ce sont aussi les intérieurs parfaitement rendus dans ce qu'ils montrent de simplicité et de joie de vivre, la lumière qui inonde une pièce, le jeu des enfants, les gestes doux ou le soutien indéfectible d'une femme répondant à la quête existentielle de son compagnon. C'est puissant, même si cette abnégation peut secouer. Les étreintes passionnées pourtant déjà perdues, réveilleront violemment notre romantisme, C'est beau.
Malick nous plonge alors dans une guerre sournoise et sans bataille, de ses conséquences psychologiques et de ses dommages collatéraux. Frantz est fermier et décide de ne pas faire allégeance à Hitler et suivra sa ligne jusqu'au-boutiste. Les femmes se battront pour leur terre, préserveront leur mode vie malgré les remous, ou signifieront leur désaccord ou leur détresse dans le silence, à l'image de la mère, assise à sa fenêtre, comme figée dans le temps. Et il y a les autres, les villageois, ceux qui prêtent allégeance et rejettent, qui confondent le devoir d'Etat avec leur propre haine des autres. Le déni des uns et la perplexité des autres devant tant de volonté. Malgré la détention, la maltraitance et l'abandon de l'Eglise, Frantz refusera de se plier.
On retrouve cette foi inébranlable et la question du choix que Shūsaku Endō dans son livre Silence met en exergue. A l'instar de ce prêtre préférant la torture plutôt que de fouler du pied l'image du Christ, Frantz choisit de la même manière de lutter pour ses convictions. Malick interroge alors sur le but de nos existences, sur la notion de liberté et sur la Foi quitte à en perdre la raison, mais nous intime aussi la bataille contre la déshumanisation et la servitude.
August Diehl dans le rôle de Frantz est d'une sensibilité débordante, et suit physiquement l'évolution de son personnage, pour un rappel à la résistance qui ne peut qu'être salué, quelle que soit la portée. Il peut être facile d'ailleurs de s'approprier la destinée d'un homme dans le cinéma pour servir son propos, mais Malick a le bon goût de pointer les faiblesses de l'Eglise et d'axer son récit sur l'individu, sa conscience et son libre arbitre. Hormis une foi exacerbée, comme toujours, le cinéaste sait ne pas l'imposer, la Foi ici n'étant soumise à aucun détournement ni manipulation. On y voit l'humanisme profond du cinéaste.
La musique de James Newton Howard accompagne parfaitement ce voyage sensoriel et la mise en scène fluide et dynamique, alternant les scènes rapides, les coupes dans le temps et les dialogues décalés, renforce le sentiment de continuité et d'universalité, mais l'utilisation à outrance du grand angle, n'est pas du meilleur effet sur les personnages et on pourra être déçu de la version anglaise plutôt qu'allemande dans les dialogues, et d'une alternance de scènes parlées incompréhensibles..
Evidemment la seconde partie peut laisser perplexe sur cette envolée christique et les choix que Frantz s'impose, au détriment de sa propre vie, de ses futurs combats et de sa famille. S'agissant d'une histoire réellement vécu, et Frantz béatifié en 2007, ce parti pris intègre naturellement sa narration.