On m'avait pourtant certifié que cet épisode était une tuerie. On m'avait assuré qu'il était meilleur que le 4 (qui était déjà très bon). Bon, en fait, c'est pas vraiment le cas...
Mais est-il mauvais pour autant ? Grand Dieu non !
DmC est un très bon beat'em all et un épisode respectueux de la série. J'entends par-là qu'il joue la carte de la différence sans renier totalement ses origines et c'est tout à son honneur. Cependant, il possède un sérieux talon d'Achille qui va plomber l'expérience dans sa totalité : Ninja Theory est un développeur occidental.
Devil May Cry était apprécié pour son aspect arcade et sans temps mort et pour son style très japanisé, que ce soit dans sa mise en scène que dans ses personnages.
Le problème des développeurs occidentaux aujourd'hui est leur manie de prendre la main des joueurs et de vouloir montrer plutôt que de faire jouer. DmC est rempli ras-la-gueule de cutscenes et de cinématiques sans intérêt. L'action est tout le temps coupée pour un oui ou pour un non et c'est finalement le rythme du jeu qui s'en trouve atrocement haché. Pour les fans de Devil May Cry, ce genre de fantaisie est une source de frustration. D'autant plus que les cinématiques sont d'une platitude affligeante (on est loin de DMC3 et 4) et que le scénario nous inflige une sorte de critique de la société de consommation de mauvais goût et pas du tout maîtrisée. Pour ne rien arranger, on a l'impression que les dialogues ont été écris par des collégiens : c'est vulgaire, crétin et pas rebelle pour deux sous.
Déjà, on peut d'emblée conclure que l'aspect arcade de la série est sérieusement émoussé, pour ne pas dire anéanti. Malheureusement, Ninja Theory a cru bon de rajouter par-dessus ce triste constat des séquences de plateforme et d'exploration. Trop, beaucoup trop ! Ces passages juste gavants ne sont là que pour combler un vide qui n'a pas lieu d'être (même si l'exploration n'est pas si mauvaise). Devil May Cry est un beat'em all, mais visiblement, Ninja Theory a jugé ce concept trop linéaire. Mais combler du vide avec du vide, c'est pas la meilleure solution.
Continuons avec la bande son qui, sincèrement, sans être mauvaise est inférieure à tout ce qu'à pu proposer la série jusque là. Même DMC4, pourtant pas terrible à ce niveau, fait mieux. DmC ne propose que du metal agressif et sans âme, ou bien de l'électro/dubstep d'assez mauvais goût. Encore une fois, ça se laisse écouter mais ce n'est pas aussi satisfaisant que dans les opus précédents. Quant aux doublages français, il sont finalement assez pathétiques.
Avec tout ça, on aurait presque oublié que DmC est un bon jeu. Mais non, DmC a plus d'un tour dans son sac et propose le gameplay le plus souple et dynamique de la série. Toutes les armes et toutes les techniques sont accessibles en même temps sans avoir à passer par un système de styles comme dans DMC3 ou 4. De plus, le concept du Devil Bringer de Nero a été repris et amélioré puisqu'il est maintenant possible de ramener les ennemis vers nous ou bien de se propulser vers eux avec des grappins. On perd en richesse de techniques, mais les possibilités de combos sont gigantesques. Cependant, je regrette la disparition du lock qui permettait de se concentrer sur un ennemi et de ne pas le perdre de vue ou frapper à côté. Du coup, la caméra ne suit plus l'action comme elle le devrait et il faut tout le temps la replacer au bon endroit. Mais bon, le gameplay est quand même de très bonne facture et on ne va pas s'en plaindre.
Là où Dmc se démarque également, c'est au niveau graphique. Si l'esthétique n'est pas parfaite, loin de là, on ne peut nier qu'elle est très recherchée. Les character-design sont foirés, mais les environnements sont intéressants. Un grand manoir, une boite de nuit, une vieille station de métro, un parc d'attraction, et même d'autres décors encore plus insolites pour la série sont de la partie et autant vous dire que l'on est autant impressionné que décontenancé face à tant de WTF.
En fait, je crois que Ninja Theory a voulu faire de DmC une œuvre provocatrice, amenant des sentiments contradictoires chez le joueur. Mais on peut d'emblée remettre en question la pertinence d'avoir testé de genre de concept sur un épisode de Devil May Cry. Ninja Theory n'a pas fait que changer de héros, d'histoire et d'esthétique, ils ont détruit ce qui faisait le sel de la série, à savoir ce côté arcade qui va crescendo dans le challenge et la démesure, et l'ont remplacé par une aventure action/plateforme/score pas toujours fun, mal rythmée et plombée par des ambitions scénaristiques aussi dénuées d'intérêt que peu abouties. Même si ce DmC est un bon cru, un jeu sympa, il démontre le vieil adage "il faut rendre à César ce qui est à César". Remplacez simplement César par Capcom.