Ducktales pour moi, c'est avant tout des souvenirs d'enfance. Cette gameboy que ma cousine avait oubliée sur la table de la cuisine, quand je passais encore mes journées chez ma grand mère. Ces petites cartouches, toutes grosses, qui laissaient présager des aventures titanesques. Du Wario Land, du Donkey Kong Land, du Super Mario en veux-tu en voilà. Faut dire aussi qu'à l'époque, ce que je connaissais niveau jeux vidéo se résumait à ce qu'on me laissait toucher... c'est à dire pas vraiment grand chose. Quelques jeux ludoéducatifs une fois de temps à autre, et surtout, surtout, quelques heures par semaine sur le cd de démo de la PS1. Alors quand j'ai vu cette petite console égarée, mon sang de morveux innocent n'a fait qu'un tour. J'avais enfin des jeux à moi, l'espace d'un instant. Combien je ne savais pas. Quelques minutes à peine peut-être. Quelques heures même, avec un peu de chance. Quoi qu'il en soit, il fallait que je test. Il fallait que je découvre ce qu'il se cachait derrière ces personnages aussi haut en couleur. Et un canard avec une canne et un haut de forme, ça attire forcément la curiosité. Alors j'ai posé mes petits doigts sur les touches, tripoté l'engin jusqu'à que la petite lumière éclaire mes rétines de petit fouineur, et me suis laissé prendre par la main.
Malgré ce que j'ai pu lire un peu à droite à gauche quelques années plus tard, comme quoi Ducktales n'aurait jamais été conçu comme un jeu difficile, j'en ai chié. Je suis bien obligé de l'admettre. Probablement ce système de rebond, que je ne parvenais pas à contrôler, en fonction de l'arrivée des ennemis, et surtout, des précipices. Mais je me suis entraîné. J'ai persévéré, comme seul un gamin sans rien d'autre à faire de ses journées que jouer avec des pinces à linge dans le jardin pouvait le faire. Une après-midi par-ci, une matinée par-là, je chapardais le Graal, l'espace de quelques instants. Parfois j'avais à peine le temps de récupérer quelques diamants, parfois je parvenais à terminer un niveau. Et j'en étais fier mine de rien.
Nous voici donc bien plus tard. L'enfant que j'étais a fini par se jeter à corps perdu dans le monde magnifique des jeux vidéo, au grand damne de ses parents. Les consoles ont défilées, les billets aussi. Et un beau jour, le nom de Ducktales est réapparu. Un remake ? Un tout nouveau style graphique ? Une durée de vie rallongée ? Des dialogues en plus ? Des succès ? Couak !
Une vingtaine de minutes de téléchargement plus tard à peine, j'étais devant la bête. Et là, tout me revint. La cuisine. Les odeurs. Le stresse, la peur que ma cousine débarque soudain, et me prenne mon jouet. Mon instant de bonheur.
Je l'ai terminé une première fois en moyen, non sans pester. Deux heures seulement plus tard, les crédits s'affichaient. Qu'importe. Je reprenais mon courage à deux mains, et montait d'un cran le challenge. Difficile, moins d'items de soin, et moins de réceptacles de cœurs. J'avais la rage. L'envie d'en découdre. Et les diamants s’accumulèrent, et les vies défilèrent. Je prenais enfin ma revanche sur ce jeu, cette œuvre du malin. C'était bon. C'était beau.
Cette remasterisation est probablement la meilleure que j'ai pu faire depuis maintenant bien longtemps. Très loin de ces trilogies HD si peu inspirées que l'on peut nous ressortir année après année, Wayforward Technologies s'est enfin décidé à frapper un grand coup de canne sur la table. Nous prouvant à toutes et à tous, joueurs comme développeurs, qu'il était encore possible de jouer avec la corde sensible de la nostalgie, non sans forcément avoir l'envie irrépressible de se remplir les poches, tout en branlant pas une. Et ça, mine de rien, ça me redonne espoir dans l'industrie du jeux vidéo. Merci les gars.