Les romans de Jack London associent bien souvent aventure et conscience sociale, réunis sous un thème principal, celui de l'affrontement. Un affrontement qui se fait à différents niveaux pour l'homme, notamment contre les forces hostiles de la nature, contre ses semblables (qu'ils soient d'une classe sociale différente ou non), mais également contre soi-même. Le Vagabond des étoiles, l'un des derniers livres de l'écrivain n'échappe pas à cette ligne directrice.
L'histoire du Vagabond des étoiles débute dans le quartier des condamnés à mort de la prison de Folsom où l'un de ses pensionnaires, un certain Darrell Standing, apostrophe le lecteur, l'invitant à effectuer le voyage intérieur permettant de revivre ses vies antérieures. Standing, condamné tout d'abord à la perpétuité pour assassinat, est injustement accusé d'avoir caché de la dynamite dans la prison d'état de San Quentin. Pris alors en grippe par le directeur de l'établissement; Standing passera cinq ans en isolement, régulièrement ficelé dans une camisole de force. De la violence de la torture, rejaillira ses vies passées, seules évasions possibles pour Standing.
Roman engagé contre les mauvais traitements infligés au début du XXe siècle en prison, Le Vagabond des étoiles dénonce les exactions possibles lorsque l'existence d'un homme ne vaut plus grande chose, sa liberté et sa parole réduites à néant. London en avait fait une courte, mais amère expérience en 1894, à tout juste 18 ans. L'écrivain avait rejoint un cortège qui marchait vers Washington pour réclamer du travail, s'était fait arrêter pour "vagabondage" et emprisonné pendant un mois.
La dimension onirique de l'œuvre est un élément que l'on pourrait qualifier d'original dans la bibliographie de l'auteur. Le rêve est décrit comme la seule échappatoire permettant à Standing d'endurer l'effroyable torture de la camisole. C'est en quelque sorte sa grande évasion qu'il réitère régulièrement. Standing se retrouve ainsi dans la peau de personnages hauts en couleur, tels que le comte français Guillaume de Sainte-Maure, escrimeur hors pair, ou Adam Strang, un marin hollandais qui s'échoua et passa le reste de sa vie en Corée.
A noter qu'une très bonne adaptation en bande dessinée sur deux tomes, dont le premier est sorti fin 2019, est publié aux editions Soleil dans la collection Noctambule, sous la plume et les crayons de Riff Reb's, auteur Havrais qui avait déjà adapté Le loup des mers de London.
Auteur associé dans l'imaginaire collectif aux romans d'aventures pour la jeunesse, Jack London est bien plus que cela. Peu d'écrivains parviennent à insuffler à leur récit une telle conviction. Ce qui force d'autant plus l'admiration lorsque l'on sait à quel point London était un auteur prolifique, lui qui couchait sur le papier pas moins de mille mots par jour. La dernière consécration en date pour l'écrivain, un siècle après sa disparition, est son entrée dans la Pléiade avec l'édition en deux volumes de ses romans et nouvelles dans de nouvelles traductions.