Lues juste après Taras Boulba et Nouvelles de Pétersbourg, Les âmes mortes reprennent thématiques et style similaires.
NB : traduction de la Pléiade.
En quoi est-ce de la littérature russe ?
Comme dans ses autres romans, Nicolas Gogol y met en scène la Russie.
On y retrouve donc ce qui fait le charme et les défauts du pays selon l'écrivain. à commencer par la censure. Il est à ce titre assez intéressant d'avoir une traduction qui mentionne les (nombreuses) parties censurées lors de la première édition.
Exemple sur le thème de la corruption : "Il aura beau finasser, trancher du gentilhomme, (payer des généalogistes pour lui attribuer une origine princière)..."
Comparativement à Dostoievski, Gogol développe peu de grands thèmes existentialistes. Pour autant, Les âmes mortes est un roman dans lequel la contestation du système social russe est très largement abordé :
- le servage,
- la corruption,
- l'abandon de l'entretien de leurs domaines agricoles par les grands aristocrates du pays qui préfèrent vivre de leurs rentes.
Pas de grands thèmes conceptuels donc mais une critique emprunt d'humanisme des dysfonctionnements du pays.
Ce que j'ai appris de l'Histoire ou de la Géographie de la Russie
Taras Boulba est l'ouvrage des steppes ukrainiennes, Les nouvelles de Pétersbourg le tableau de la Russie citadine, Les âmes mortes est celui des contrées paysannes russes.
Et il est noir. Nicolas Gogol nous montre à quel point les aristocrates et les fonctionnaires ont l'habitude d'user des pots de vin.
Exemple d'une scène quasi burlesque qui reflète les lenteurs de l'administration et montre la solution pour y faire accélérer les procédures. Bizarrement aucune censure sur les nombreux passages qui traitent du sujet, soit parce que le procédé est culturel, soit parce que le législateur y voit un moyen de dénoncer à son profit cet état de fait :
Ni le lendemain, ni les jours suivants on n'apporte les papiers à domicile. Le solliciteur [...] s'informe, on lui dit :
-Il faut donner aux commis.
-Soit je suis prêt à donner un ou deux roubles.
-Non, pas un ou deux roubles, mais un billet blanc. [...] Un rouble ira aux commis, le reste est pour les chefs.
Plus surprenant, on y découvre que le servage est en vigueur en Russie depuis le XVème siècle et ne sera aboli (officiellement) qu'en 1861, donc 20 ans après la sortie du livre !
Outre la facilité pour les aristocrates de s'enrichir, le servage est un moyen collectif pour coloniser des steppes à défricher, ce qui explique les princes successifs aient pris le temps pour supprimer cette pratique.
Extrait du code russe de l'époque : "Les serfs terriens (État/privés) sont considérés comme des accessoires immeubles (Art. 235)"
D'où le thème des Ames mortes où le protagoniste imagine une entourloupe pour en faire commerce à son bénéfice.
Bref, dans ce roman, beaucoup d'indications géographiques et de références culturelles (izba, moujik,britchka etc.) pour qui souhaite découvrir la Russie du début du XIXème siècle.
Ce que j'ai aimé, ou pas...
Le style Gogol est facile et agréable à lire.
Evidemment, il est compliqué d'apprécier un livre qui n'a pas fini d'être écrit. Pour mémoire, la seconde partie des Ames mortes est l'assemblage post mortem de carnets non édités. Avec des trous béants dans le récit.
Mais l'essentiel est sauf et l'intérêt tant historique que culturel demeure indéniable.