Les Confessions de Saint Augustin sont un regroupement de nombreux livres décrivant la vie du Saint qui fut évêque d’Hippone. Cette œuvre autobiographique a été écrite entre 397 et 401.


L’édition que j’utilise est de la collection « Le monde de la Philosophie » aux éditions Flammarion tirée de l’édition des Pères bénédictins de la congrégation de Saint-Maur.


Contexte historique


Saint Augustin nous narre sa vie sous la tétrarchie, une division administrative de l’Empire Romain entre deux Augustes à l’Est et à l’Ouest et de deux Césars, leurs successeurs. Les capitales sont alors la récente Constantinople et Ravenne puis Milan. Rome reste la ville éternelle d’où tout est parti, mais sa situation n’est pas idéale pour combattre les invasions barbares provenant du Danube d’où le choix de villes plus septentrionales.


L’Empire romain a connu de nombreux empereurs et sa puissance est déclinante. Son armée est essentiellement composée de Germains, ils font et défont les empereurs. Constantin et Théodose sont vus comme des empereurs permettant de limiter les dégâts et restaurateurs d’un Empire Romain fort.


Une autobiographie unique


Saint Augustin nous livre une des premières autobiographies de l’histoire et encore plus singulières, une autobiographie tournée sur sa voie vers Dieu. On y découvre un pêcheur, comme nous tous, qui avoue même avoir eu une concubine d’où est issu un fils. Par respect pour elle et pour éviter qu’elle soit importunée, il ne la nommera pas.


Ce sont aussi ses égarements qui le marquent, notamment sa foi manichéenne, qu’il révoquera plus tard après sa rencontre avec Saint Ambroise, évêque de Milan alors capitale de l’Ouest de l’Empire.


Le Manichéisme


Saint Augustin est né dans la province africaine romaine à Thagaste. Le manichéisme fut une hérésie chrétienne qui provint de Perse et fondée par Mani. Ce théologien a fait un syncrétisme des nombreuses croyances se rencontrant en Perse, notamment le judaïsme, le bouddhisme, le christianisme et le zoroastrisme sans oublier le vieux fonds culturel hérité des traditions sumérienne et babylonienne.


Le manichéisme considère qu’il y a deux entités, l’une fondamentalement bonne et l’autre fondamentalement mauvaise. Cette religion s’est particulièrement propagée dans la province d’Egypte et en Afrique romaine. Ce serait la divinité mauvaise qui aurait créé le vivant.


Bien que sa mère fut chrétienne, Saint Augustin se rapprocha des manichéens alors qu’il était en étude à Carthage, ce qui la meurtrit énormément. Il avait étudié pour devenir avocat, mais il préféra devenir enseignant.


Il fut déçu de sa rencontre avec le chef de la communauté manichéenne, Faustus, et commençait déjà à se tourner d’eux. Son chemin vers la conversion fut très long et ce n’est qu’après sa rencontre avec Saint Ambroise à Milan qu’il sera véritablement sur la bonne voie.


Apport historique et culturel


Même si l’on n’est pas catholique ou croyant, la lecture de l’autobiographie de Saint Augustin permet de se plonger dans une des premières œuvres de ce genre dans l’histoire. Saint Augustin nous donne à voir son « moi », de son enfance jusqu’à la date de rédaction de son autobiographie. C’est un homme qui devint saint et qui pourtant commis lui aussi des péché, du vol de poire parce qu’il aimait la transgression à son rattachement au manichéisme.


C’est une œuvre touchante qui nous montre un être humain sous toutes ses facettes et la traduction qui nous est fournie est très bien rédigée. Bien entendu, on pourrait se dire qu’il y a encore un peu d’aridité latine, comme on peut le lire chez un Cicéron par exemple, mais on comprend également que la période romaine se tarit et qu’une nouvelle époque s’ouvre.


On apprend que la lecture intérieure, comme nous le faisons tous aujourd’hui, était alors une anomalie. Augustin surprend Ambroise à lire sans bouger les lèvres ni prononcer de mot un jour et cela fut tellement surprenant qu’il le rédigea dans ses Confessions. On comprend alors que la lecture était sans doute une activité collective avec un lecteur et des auditeurs, quelque chose que nous ne faisons plus du tout.


Sa rencontre avec le médecin Vindicianus Afer qui s’occupait personnellement de l’Empereur Valentinien II l’a marqué et a été un premier tournant vers son rejet du manichéisme. Il fut par ailleurs proconsul de la province d’Afrique et grand ami de Saint Augustin. Vindicianus lui déconseilla d’aller consulter les astrologues, alors liés aux manichéens, car ce n’était que des bêtises. L’astrologie était une grande tradition en Perse et elle provenait des premières civilisations, notamment les Sumériens.


Vers la moitié du livre environ, on quitte l’autobiographie pour se diriger vers un livre beaucoup plus théologique et philosophique. Il est question de la nature du temps, de question sur la signification de la « terre et du ciel » dans la Genèse et d’autres discussions qui n’intéresseront pas forcément les lecteurs contemporains.


C’est à lire parce que cela nous donne à voir la pensée d’un homme très important pour le catholicisme et donc l’Europe notamment avec son livre sur la Cité de Dieu. Bien entendu cela ne plaira pas à tout le monde.


J’ai trouvé certains passages longs et ai dû m’y reprendre à plusieurs reprises. Cependant, j’ai trouvé très intéressants les passages sur sa vie, ses souvenirs et la manière dont un homme de cette époque pouvait vivre.


Il y a des considérations un peu étranges, notamment le péché chez les jeunes enfants. Alors qu’aujourd’hui nous les considérons comme innocents et purs, il en était autrement pour Saint Augustin qui les considérait déjà entachés du péché originel.


A lire, mais je ne sais pas vraiment ce que l’on peut ressortir de cette lecture. L'ironie de l'histoire voulut qu'il décède durant le siège de Hippone par les troupes Vandales, symbole de la fin d'une époque.


Quelques anecdotes historiques :


  • La lecture intérieure n’était pas répandue et on lisait volontiers devant un auditoire à voix haute.
  • Le métier de banquier existait déjà.
  • La foule ne lynchait pas les coupables pris la main dans le sac, mais les livrait à la justice.
  • Il y avait encore des esclaves à Carthage.
  • On pourrait dire « Etre intègre comme Alypius » son ami assesseur qui mettait la probité devant tout.
Franc_cot
7
Écrit par

Créée

il y a 3 jours

Critique lue 2 fois

Franc_cot

Écrit par

Critique lue 2 fois

D'autres avis sur Les Confessions

Les Confessions
mavhoc
10

Les confessions d'un néo-platonicien

Saint Augustin fait parti des plus belles plumes de l'Histoire de la philosophie. Rhéteur de profession, les Confessions font parties de ces œuvres au style habile visant la conversion. On ne notera...

le 7 juil. 2016

9 j'aime

Les Confessions
Nadir666
8

Impossible à noter, mais pas à critiquer

Je trouve périlleux de noter cette autobiographie, car il n'y a pas vraiment de critères permettant de le faire. Alors, à la place, j'écris cette critique, pour rappeler qu'aujourd'hui encore, cette...

le 6 févr. 2014

3 j'aime

Les Confessions
encoredumagma
10

prends et lis

les confessions seront utiles à tous ceux qui ont déjà ressenti l'inconfort et la fragilité existentielle de l'existence humaine SPOILER: ███████

le 26 oct. 2016

2 j'aime

Du même critique

Mes idées politiques
Franc_cot
8

Le nationaliste intégral

L’on retiendra de Charles Maurras plusieurs choses, sa force politique du nom de l’Action Française, la revue du même nom et sa doctrine, le nationalisme intégral. Personnellement ce que je vois dans...

le 23 avr. 2020

8 j'aime

5

Traité sur la tolérance
Franc_cot
5

Tolerantia ou la capacité à supporter

Ce texte a été écrit à la suite de l’affaire Jean Calas, il s’inscrit dons dans un contexte de tension religieuse entre catholiques et protestants. Le livre était présenté comme « Dénonciation du...

le 7 août 2019

8 j'aime

2

Ravage
Franc_cot
7

La France contre les Robots

René Barjavel est un auteur français intéressant. À l’époque où l’on ne parlait pas encore de science-fiction en France, lui écrivait ce roman dystopique. Je vais éviter de vous révéler les rouages...

le 8 déc. 2020

6 j'aime