Livre que j'ai lue en complément de celui de Chollet.
Comme pour "Réinventer l'amour", ce qui me dérange avec ce genre d'essai, ce n'est pas tant d'apporter une critique de l'hétérosexualité (qui est bienvenue) mais de ne parler que de ça dans une œuvre, ce qui nous laisse croire indirectement que le monde des gays, des lesbiennes et des non-binaires est un merveilleux monde sans problèmes.
En désacralisant l'hétérosexualité comme le fait ce livre (et parfois à raison) ca va surtout faire ramener tous les gens toxiques en dehors des hétéros, donc c'est super de nous balancer tous les profems et les gens efféminés ou masculinisés sous neuroa/autodiag/asperger dans nos camps féministes et lesbianistes pour seul et unique prétexte qu'ils ne se considèrent plus comme hétéro.
Parce que le livre se concentre en partie sur les rôles de dominants (homme) et de dominés (femme) dans une vision hétérosexuelle du couple et je suis d'accord sur le fond, mais il faut continuer la réflexion parce que chez les non-hétéros il y'a aussi des personnes dominantes avec un fort caractère qui sont en couple avec des personnes dominées qui sont beaucoup plus douces. Ce n'est pas la faute aux hétéros si les opposés s'attirent et que l'amour, même non hétéro, proposera forcément un certain rapport de force dominant/dominé. Plus consenti, plus subtil, plus volatile, appelons-le comme on veux mais avec une domination quand même bien présente.
Tout comme pour le livre de Chollet (Réinventer l'amour) si on veux vraiment se sortir des rapports de dominations dans un couple, c'est bien de critiquer les hétéros et le patriarcat mais il faudrait aller jusqu'au bout du concept et arrêter l'amour tout court pour un féminisme et une sororité beaucoup plus fermée et plus saine, mais c'est encore un autre débat.
Et donc à la fin de la lecture, on se pose fatalement la question suivante : "sortir de l'hétérosexualité, mais pour aller où ?" parce que c'est bien beau de se dire non binaire ou d'avoir un cheminement trans pour se sortir de l'hétérosexualité mais à partir du moment où la personne en question est assignée homme à la naissance et qu'il aime les femmes, que les femmes, et juste le corps des femmes, quel différence avec une pensée de mec hétéro.
Concernant la forme, le livre ne fait que 160 pages et donc à partir du moment où on a déjà vu les podcasts et les conférences que l'autrice a pu faire pour présenter son livre, on a déjà 80% du contenu sans même avoir besoin de lire l'essai. Et franchement, 15 balles pour un livre de 160 pages... faire un tel prix pour si peu de pages à une cible nb/trans qui de base n'a pas les moyens, c'est pas ouf.
Bref, il y aurait beaucoup de choses à dire mais si je continue à être autant incisive je vais passer pour une vilaine TERF féministe de droite, parce que c'est bien d'être une femme et d'être contre le patriarcat mais bon, quand on a un avis divergeant, les trans et les nonbinaires nous rappelle à l'ordre exactement comme les mecs hétéros peuvent le faire. Oups !
Restons donc sur le fait que ce livre est juste moins bien que celui de Chollet et qu'il est bien trop cher pour le contenu qu'il propose.