Quel dommage d’être, jusqu’ici, passé à côté de cet auteur français de polars qui n’a rien à envier à, disons par exemple Fred Vargas.
L’écriture de Pierre Lemaitre est du même niveau que celle de la dame. Travail soigné, c’est le titre de son bouquin mais aussi notre conclusion : travail soigné.
Il ne faut que quelques lignes à cet auteur pour brosser un portrait bien typé de ces personnages, quelques coups de pinceau et voilà, on se fait une idée bien précise de tel ou tel.
Quant au héros-flic, le commandant Camille Verhoeven, voilà un flic pas banal ! Le bonhomme, le petit bonhomme, ne mesure que un mètre quarante-cinq ! De quoi fournir quelques pages amusantes, cocasses, curieuses, dérangeantes, …

[…] Du haut de son mètre quarante-cinq définitif, Camille ne savait pas, à cette époque, ce qu’il haïssait le plus, de cette mère empoisonneuse qui l’avait fabriqué comme une pâle copie d’un Toulouse-Lautrec seulement moins difforme, de ce père calme et impuissant qui regardait sa femme avec une admiration de faible ou de son propre reflet dans la glace.

On a dit polar, serial killer, … autant dire que ça commence fort quand les flics découvrent avec nous la première scène de crime :

[…] - C’est quoi ce bordel …
[…] - Il me faut deux équipe. Ça va être long.
Et il ajouta, ce qui n’était pas dans ses manières :
- C’est pas commun comme truc …
Ça n’était pas commun.

Et une fois prises les photos et les empreintes :

[…] Les journalistes sont un peu comme des employés des pompes funèbres, ils vous estiment la longueur d’un corps au premier coup d’œil. Et en voyant sortir les sacs, tout le monde devina que tout ça était en morceaux.

Heureusement, on fait dans le culturel : maman Verhoeven était peintre et le serial killer se sent lui aussi un peu une âme d’artiste (dommage pour ses victimes, mais elles n’avait qu’à pas traîner dans le bouquin, tant pis pour elles).
Ce roman est truffé d’hommages à la littérature policière, de références, notamment au Dahlia noir de James Ellroy (Pierre Lemaitre enseigna la littérature).
Et la construction du bouquin est un petit chef d’œuvre, juste pour la beauté du geste d’écriture : on vous laisse découvrir les surprises qui se cachent entre le roman policier et le livre tout court.
Le commandant Verhoeven est un petit bonhomme mais un grand flic, de ceux qu’on va avoir grand plaisir à retrouver lors de prochaines enquêtes.
BMR
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs polars et top 10 polars

Créée

le 18 mars 2014

Critique lue 394 fois

Bruno Menetrier

Écrit par

Critique lue 394 fois

D'autres avis sur Travail soigné

Travail soigné
Val_Cancun
7

Un homme à la hauteur

Ce premier opus de la trilogie Verhoeven (devenue depuis tétralogie) est sans doute le moins impressionnant, un cran en dessous d'"Alex" et de "Sacrifices". "Travail soigné" reste néanmoins un...

le 10 avr. 2021

3 j'aime

Travail soigné
François_CONSTANT
7

Critique de Travail soigné par François CONSTANT

"Travail soigné" est le premier opus de la trilogie Verhoeven de Pierre LEMAITRE. Suivront Alex et Sacrifices. Dans ce galop d'essai, l'auteur façonne Camille, flic semblant au départ assez terne,...

le 4 oct. 2016

3 j'aime

4

Travail soigné
juliendumas33
7

Critique de Travail soigné par juliendumas33

Je vais nous épargner de suite tous les jeux de mots à la con qui paraphraserait le titre (ou le nom de l'auteur) hein ? C'est classique, très classique même. Mais après tout, si on aime les...

le 29 août 2015

3 j'aime

Du même critique

A War
BMR
8

Quelque chose de pourri dans notre royaume du Danemark.

Encore un film de guerre en Afghanistan ? Bof ... Oui, mais c'est un film danois. Ah ? Oui, un film de Tobias Lindholm. Attends, ça me dit quelque chose ... Ah purée, c'est celui de Hijacking ...

le 5 juin 2016

10 j'aime

2

The Two Faces of January
BMR
4

La femme ou la valise ?

Premier film de Hossein Amini, le scénariste de Drive, The two faces of January, est un polar un peu mollasson qui veut reproduire le charme, le ton, les ambiances, les couleurs, des films noirs...

le 23 juin 2014

10 j'aime

Les bottes suédoises
BMR
6

[...] Je ne suis pas hypocondriaque, mais je préfère être tranquille.

C'est évidemment avec un petit pincement au cœur que l'on ouvre le paquet contenant Les bottes suédoises, dernier roman du regretté Henning Mankell disparu fin 2015. C'est par fidélité au suédois et...

le 10 oct. 2016

9 j'aime

1