The Knick
7.7
The Knick

Série Cinemax (2014)

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Un pan de l'histoire de la chirurgie du début du XXème siècle se basant sur deux personnages ayant réellement existés - Dr John Thackery (Dr William Halsted /Clive Owen) et Dr Algernon Edwards (Dr Louis T. Wright / André Holland). Mêlant la fiction et le réel pour nous immerger au Knickerbrocker, hôpital New Yorkais parmi les derniers établissements populaires de la ville. Brossant en parallèle une peinture sociale acide, sérieuse et crédible, enfin une série remarquable et peu remarquée pourtant, réalisée par Steven Soderbergh, sous l'égide de HBO et écrite par Jack Amiel et Michael Begler.


Du balbutiement des actes chirurgicaux, on sera souvent confronté aux ratages et aux morts multiples sur les tables d'opération. Actes en gros plans, bouts de chairs sanguinolents, flots de sang, hygiène approximative, et un Thackery mégalomaniaque et drogué qui s'acharne à sauver des vies. Parfois gore, les scènes ne dérangent pas tant elles s'inscrivent dans la maîtrise historique des plus intéressantes. Les opérations sont particulièrement réussies et tendues, et l'aspect réaliste confère à cette série tout son attrait et son intelligence.


La série approfondira les caractères tout en laissant toujours la part belle à la médecine. Le combat idéologique et l'émergence de l'eugenisme, les ravages de la syphillis, la découverte de l'adrénaline, l'absence d'antibiotique, le début du traitement des psychoses par la psychanalyse, les tromperies et autres manipulations se confirment au fil des épisodes pour atteindre des résolutions qui évitent tout sentimentalisme.


Se croisent tout du long les rapports tendus entre le Dr John Thackery et Dr Algernon Edwards où le racisme en filigrane expose à la fois le début de la chirurgie et ses avancées pour l'un, et la lutte à la reconnaissance pour l'autre. De ses recherches sur l'anesthésie, Thackery deviendra dépendant à la cocaïne, ira en cure et deviendra par des soins inappropriés, dépendant à la morphine. Ses avancées seront souvent liées aux risques pris et aux tentatives, parfois hasardeuses.


La places des femmes dans une société d'hommes a aussi sa part d'importance et leur recherche d'émancipation est traitée via toutes les strates sociales. Lucy Elkins (Eve Hewson), l’infirmière duale, Cornelia Robertson (Juliet Rylance) héritière et femme libre devant se plier aux convenances du mariage, sœur Harriet (Cara Seymour), révoquée suite aux avortements qu’elle a pratiqués, et femme pratique par son invention de l'ancêtre du préservatif ! Ses rapports "jubilatoires" avec le mystérieux Tom Cleary (Chris Sullivan), et leurs dialogues aux "verbes" souvent grinçants permettent aussi à la série de jouer sur l'humour.


Mouvements de caméra fluides, dynamiques, nerveux, et une photographie aux couleurs surannées irréprochables. Jeux de lumière parfaits et ellipses réussies.
La musique de cliff Martinez accompagne à merveille de ses sons électro avec quelques coupures de rythme qui lui confère un rôle à part entière. Soderbergh ne fait aucun faux pas. Le montage, le rythme, la narration et le jeu imparable de tous les acteurs, les deux saisons sont à hauteur l'une de l'autre, et permettent sans cesse de rebondir sur de nouvelles intrigues gardant sa ligne de narration sur l'évolution de la chirurgie (et notamment la grande question éthique du soin face à l'illégalité des actes) et les rapports humains...distillant quelques romances froides, qui s'entrechoquent entre progrès et enfermement, à une époque en pleine révolution.


Les plans serrés faisant des décors confinés le miroir de l'ambiance délétère où se cotoient la richesse des uns et leur décalage face à la pauvreté des autres. Des ambitions économiques de l'hôpital, de l'accès aux soins à la corruption et la jalousie, en passant par les maisons de plaisir, les affreux personnages ou les amours contrariés. De grands moments de solidarité aux drames, Soderbergh prouve sa maîtrise et Clive Owen porte la série malgré tous les acteurs en phase et nous transporte par sa nostalgie.


Reste un sujet fort qui nous rappelle à notre société d'aujourd'hui : de l'humain et des inégalités à la recherche constante du progrès, comme un éternel recommencement.


https://youtu.be/08V4RHGuGqE


https://youtu.be/DDkN7xV3Xe4?

limma
10
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le 5 janv. 2017

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