Peter Huyck et Alex Gregory ont lâché la vice-présidente Selina Meyer au bout de sept saisons de Veep, mais ils n'ont pas lâché le milieu politique. Ils le prouvent avec la mini-série White House Plumbers qui s'intéresse au scandale du Watergate en pleine campagne présidentielle de 1972. Si le nom de l'hôtel ayant coûté sa place au président Nixon est encore bien répandu dans les mémoires, le grand public ne connaît pas forcément bien les noms des "plombiers" employés pour poser des micros au siège du parti démocrate. Huyck et Gregory décident de leur tirer un joli portrait, en particulier aux deux vedettes de la bande, Howard Hunt et Gordon Liddy.
Ne pensez pas retrouver la froideur méthodique des Hommes du Président, ou l'ambiance au cordeau de Pentagon Papers, place à la satire et à la démesure. Choix osé mais payant à l'arrivée. Outre ses protagonistes (dont nous parlerons un peu en dessous), White House Plumbers amuse en fourrant ses bras cassés d'agents dans les situations les plus improbables et embarrassantes. Plans loufoques, matériel défectueux, mission avortée (et pas qu'une fois) et incompétence au dernier degré rythment le (dur) labeur de cette brochette qu'on jurerait sortie d'un roman de Donald Westlake. Devant la caméra, les comédiens se mettent au niveau. Dans une version très libre de Howard Hunt, Woody Harrelson va à fond dans le cabotinage et ça marche pas mal du tout. Mais celui qui fait le plus fort est indéniablement Justin Theroux, dont le Gordon Liddy évoque la fusion entre Michael Scott et Dwight Schrute de The Office. Sacré compliment, sa performance vaut à elle-seule le visionnage de cette série. Les deux zigotos occupent donc l'essentiel de l'espace, au point de laisser les autres pieds nickelés un peu trop à l'arrière-plan.
La série entame une mue un peu plus dramatique sur ces deux derniers épisodes, et devient même un peu flippante dans certaines de ses thèses (encore débattues aujourd'hui). Sans en dire trop, disons qu'il suffit d'une scène entre l'excellent (mais sous-exploité) Kim Coates et W. Harrelson pour recouvrir les deux personnages d'une authentique noirceur. Au point même de se demander si cette rupture de ton (assez proche du style d'Adam McKay) ne viendrait pas court-circuiter le travail accompli jusque-là. L'ultime épisode retrouve un peu de couleur en remettant ses protagonistes face aux illusions qu'ils se fabriquent et entretiennent envers et contre tout. Une bien mauvaise équipe qui donne une assez bonne série.