J'aime les trucs malaisants. Mais là, là...
On m'a souvent parlé de Cannibal Holocaust. Les gens avec qui j'en parlais m'ont tous dit, peu ou prou "Ce film est culte. Un classique un peu gore mais sans plus". Voilà. Faut que j'arrête de traîner dans des lieux mal famés moi. Et que j'arrête de fréquenter des gens bizarres. Surtout ça. Les gens bizarres. Alors bon, partant de cet a priori, je me suis dit que ce film, en dehors de son titre évocateur, devait être du même tenant que ses homologues du début des années 80 : un peu chiant, mal filmé, des faiblesses de scénario et plein d'autres trucs encore qui font le charme (mais qui me font aussi profondément chier). Mais non. Deodato est un vicieux qui avait déjà bien compris les rouages du cinéma de l'époque et commençait à apercevoir ce qui allait se passer sur deux décennies. Coup de génie, Monsieur.
Oui, parce qu'avoir l'idée de mettre du found footage dans un film du début des années 80 (bien avant Blair Witch quoi), ça me semble être un signe évident de précursionnite aiguë. On dit toujours que Blait Witch est le fer de lance de cette manière de filmer et de dire "on a retrouvé les bandes". Contrairement à BW, là, on joue clairement dans la cour du gore et du suggestif plus que dans la cour de la terreur et de l'invisible. Parce que ce film ne joue pas sur les impressions. Il joue clairement sur le visuel. Rien que pour nous faire vomir. Putain, les mecs ouvrent une tortue, quand même. UNE PUTAIN DE TORTUE. Alors que dans BW, on sait même pas ce qu'il y a dans cette foutue boîte. Un doigt ? Une oreille ? Un oeil ?
Le film de Deodato est ambivalent et a clairement deux cheminements opposés. Dans l'ordre chronologique du film, le premier, c'est quand le chercheur en anthropologie (ou en sociologie, je sais plus mais bref) veut aller retrouver les quatre jeunes partis dans la jungle à la recherche des cannibales. Il retrouve les bobines de film qui servent de base à la seconde partie du film. Cette deuxième partie nous met en proie avec un groupe de jeunes journalistes de terrain, adulés et portés aux nues (tout au long du film), mais qui se révéleront vite être des fieffés connards profitant de la misère et se croyant invincibles.
Si la première partie du film met en avant le respect des peuples n'ayant pas les mêmes coutumes, la deuxième n'en a clairement rien à foutre et se contente de marcher sur les peuplades à coups de ranjos. On assiste là à un tour de force de Deodato qui fait passer son simple film gore (ne parlons pas d'horreur, s'il vous plaît) à un niveau supérieur et qui nous permet de prendre en compte le rapport de force entre les civilisations dites supérieures et celles qui sont présupposées inférieures. La deuxième partie du film remet en lumière tous les présupposés que nous avons sur notre civilisation occidentale, qui sont celles de respect et de dignité de l'humain.
Si Deodato réussit un coup de force grâce à ce film, ça n'est pas grâce à la présence linéaire et continue de gore et de personnes à poil et de dépeçage d'animaux, mais bien grâce au found footage et au message sous-entendu par le décalage entre les deux manières d'aller recueillir des informations. Mais de là à dire que ce film est doit être considéré comme culte, j'ai pas tout compris.