Sujet d'adaptation maudit, « Dune » est passé par toutes les étapes. Une série de projets avortés, dont le plus célèbre et le plus abouti fut celui de Jodorowsky, qui a même eu le droit à un documentaire dédié. Puis une adaptation en 1984 par David Lynch, très décriée (y compris par lui-même). Ensuite, des jeux vidéo, une mini-série, un projet de remake qui ne se concrétisera jamais vraiment... Jusqu'à ce que Denis Villeneuve (rien que lui !) ne prenne la barre, pour cette nouvelle version qui a échappé de peu à une sortie en streaming suite à la crise du covid (ouf !).
Finalement arrivé en salles en 2021, « Dune » était presque attendu comme le Messie du cinéma, changeant la donne face à une décennie bourrée de blockbusters superficiels et formatés. Soyons clairs, le film de Denis Villeneuve n'est pas le chef d’œuvre ou la baffe magistrale que certains attendaient. Mais il s'agit d'un film de SF très ambitieux, qui sait se prendre au sérieux (une seule blague sur 2h36, un exploit !), et qui claque sur grand écran.
D'abord, « Dune » bénéficie de sa source littéraire. Cet univers dense et complexe, mêlant religion, guerres, intrigues économiques, complots politiques, est particulièrement attrayant, et idéal pour alimenter une grande saga de SF. Villeneuve en tire pleinement profit, explicitant posément les intrigues et les personnages, leur donnant toute l'attention nécessaire. Sans avoir trop recours à des artifices de narration (voix-off, texte défilant...). Et n'hésitant pas à occulter certains personnages de l'écran, de sorte que seule leur aura plane sur le film.
Et cela fait grand plaisir de (re)découvrir un film de SF qui prend son temps pour se poser. Moins contemplatif qu'un "Blade Runner 2049”, « Dune » limite néanmoins ses séquences d'action au quasi strict nécessaire, mettant tout l'emphase sur les complots et intrigues politico-religieuses. Un choix qui rappelle les grandes heures du cinéma d'aventure. La BO pas vraiment mémorable mais sympathique de Hans Zimmer convoque d'ailleurs par moment "Lawrence of Arabia", la comparaison n'est pas là pour rien.
Visuellement, on peut dire que l'on en prend pleine les mirettes. Des effets spéciaux magnifiques qui traduisent bien le gigantisme des vaisseaux ou des vers des sables. Des décors et costumes épurés (on est bien loin du film baroque de David Lynch !), qui parviennent néanmoins à refléter l'histoire chargée de ces Maisons et de leurs conflits. Une photographie et des décors naturels fort jolis. Et des scènes filmées avec brio. Par exemple, bien que peu présents à l'écran, les Harkonnen n'ont besoin que de quelques secondes devant la caméra pour apparaître sinistres et menaçants.
Côté acteurs, on est bien gâtés. Je ne citerai pas toute la distribution, mais sortent du lot Stellan Skarsgård, inquiétant et répugnant à souhait en Baron Harkonnen. Rebecca Ferguson en Lady Jessica, prise entre la protection de son fils et sa fidélité à une obscure secte religieuse. Ou Jason Momoa en mentor dédié.
On attend donc avec impatience la deuxième partie, en espérant qu'elle soit dans la même veine !