Furyo est un des rares exemples de grandes réussites de cinéaste pour une production étrangère. Ôshima ne perd ici rien de son cinéma, au contraire, il s’adapte parfaitement à ce nouveau cadre, ce nouveau décor (l’île de Java durant la seconde guerre mondiale) et offre une très belle œuvre, intelligente, envoutante (bien aidée par la belle musique sorte de mélange entre Vangelis et Joe Hisaish ) et émouvante, dans laquelle tout son cinéma est contenu mais n’avait rarement était traité avec autant de simplicité, sans jamais adopter de démarche théorique poussive.
Toujours la question du faux-semblant, Furyo n’est pas vraiment un film de guerre, en tout cas ce n’est pas ce qui intéresse principalement le réalisateur.
Le camp de prisonnier commandé par les japonais n’est autre que la reproduction mentale dans le cadre et l’espace de l’enfermement, ou le renfermement de ceux qui le dirigent et ce qui y sont prisonniers : l’intransigeant capitaine Yonoi (Ryūichi Sakamoto) et le brutal sergent Hara (Takeshi Kitano) en premier lieu.
Au contact du major Jack Celliers (David Bowie), sorte de catalyseur (qui lui aussi avance hanté par son passé), Yonoi peine à contenir, derrière la rigidité de son corps et de son costume, l’attirance qu’il éprouve pour cet anglais. Corps prisonnier devient corps emprisonnant, contenant des désirs et une passion déraisonnée impossible à vivre au grand jour.