Quand j'entends le nom de Jane Austen, je sors ma carte de crédit. Parfois, j'aurais mieux fait de l'oublier chez moi.
Bon, pour commencer cette critique sur une note positive, il faut reconnaître que Camille Rutherford impose toujours, naturellement, une présence très forte dès qu'elle apparaît à l'écran, que ce soit dans des rôles principaux (Felicità !) ou dans des rôles secondaires (Anatomie d'une chute, Le Livre des solutions !). Jane Austen a gâché ma vie n'est pas une exception. La comédienne diffuse, par son talent et son charisme, un petit charme indéniable du début jusqu'à la fin. C'est ce qui sauve l'ensemble de la médiocrité et de l'insignifiance totales.
Bon... déjà, si vous êtes fan de l'autrice d'Orgueil et Préjugés, d'accord, une partie du film se déroule à la Jane Austen Residency (même s'il semble que pas un plan n'ait été tourné en dehors de la France !)... même si c'est plus décoratif qu'autre chose et que n'importe quelle autre résidence quelconque aurait pu la remplacer, d'accord, on a le schéma Darcy-Bennet (les protagonistes du roman susmentionné !) de deux êtres qui se méprisent, mais qui, après, au fur et à mesure qu'ils apprennent à se connaître, s'apprécient, pour finalement tomber dans les bras l'un de l'autre, mais c'est un peu léger-léger pour invoquer le nom de Jane Austen. N'est-ce pas ? En fait, c'est juste un argument commercial utilisé sans la moindre profondeur.
Ensuite, plusieurs éléments, lancés dans la première moitié, sont négligés complètement dans la seconde, comme le traumatisme de l'héroïne concernant la mort accidentelle de ses parents (ah oui, visiblement dans ce film, le seul moyen de transport pour pouvoir sortir de Paris est la voiture, le train ou l'avion n'existent pas à notre époque si on n'aime pas être sur la route !), les oppositions littéraires entre notre Darcy et notre Bennet, ou la pléthore de personnages secondaires, qu'ils soient d'un côté ou de l'autre de la Manche (alors que notre chère Jane ne négligeait jamais le plus petit portrait dans ses histoires ; la réalisatrice Laura Piani aurait peut-être évité cette grossière erreur si elle en avait eu réellement quelque chose à foutre de cette immense artiste et de ce qui rendait cette dernière immense !). Il aurait été intéressant aussi de connaître le contenu des écrits de la jeune femme, incarnée par Rutherford, parce que l'on suit, quand même, une écrivaine en herbe, admirant une autre écrivaine, adulée dans le monde entier, et ça parle que très rarement d'écriture (donc, notamment, de l'éventuelle influence stylistique ou thématique qu'Austen pourrait avoir sur notre femme de lettres en devenir !), comme si ce n'était cela n'avait pas beaucoup d'importance.
Ensuite d'ensuite, probablement pour faire Bridget Jones, on a un rival amoureux inutile en la personne du meilleur ami et collègue de notre protagoniste. Inutile, car non seulement, l'identité de celui qui va finir par la pécho ne donne lieu à aucun suspense, mais aussi parce que notre rival occupe une durée, un peu trop considérable, qui aurait pu être employée à régler un autre problème, à savoir que l'évolution des sentiments romantiques entre nos personnages principaux évoluent d'une manière trop abrupte, par à-coups, sans le moindre glissement subtil, pour que ça soit crédible et pour qu'il y ait la plus alchimie entre Camille Rutherford et Charlie Anson (ce qui n'est pas du tout leur faute, ils jouent très bien, c'est juste l'écriture scénaristique qui est mauvaise !)
Ensuite d'ensuite d'ensuite, on n'est pas épargné non plus par certains poncifs agaçants, à force d'avoir été utilisés et réutilisés un milliard de fois, du genre de la comédie romantique (par exemple, les deux futurs amoureux qui se retrouvent seuls, coincés au milieu de nulle part ou encore les retrouvailles après une longue séparation !). Je passe vite fait sur deux-trois gags lourdauds, pas drôles, balancés gratuitement, sans cohérence avec le ton que le reste adopte (les lamas, le vomi sur les chaussures !).
Pour conclure, non, Jane Austen ne gâche pas la vie, mais j'ai gâché 94 minutes de la mienne et quelques euros devant ce ratage. Et j'en profite, bien sûr, pour vous recommander la lecture des bijoux absolus que nous a laissés l'écrivaine anglaise. Si vous ne les connaissez pas encore, il y a de grandes chances pour que vous les aimiez.