Jeunes, immatures, Sonia et Bruno, à la rue sinon tout à fait SDF, viennent d'avoir un enfant, probablement par accident à les voir si peu préparés. Constamment dans les bras, le bébé ne semble peut-être pas un fardeau mais une chose encombrante. Bruno, trop occupé par ses petits délits, n'y prête aucune attention. En quelques séquences édifiantes, les frère Dardenne montrent comment, notamment à leur façon de traverser la route hors des clous, les parents du nourrisson sont des parents pris de cours.
Jean-Pierre et Luc Dardenne confirment leur talent dans le portrait psychologique et social implicite qui fait tout l'intérêt de leurs sujets. Celui de "L'enfant" prend un tour inattendu et rejoint le fait divers sordide après une décision funeste de Bruno. Le film dans la grisaille d'une ville belge, se fixe alors sur la personnalité de ce jeune homme sans méchanceté dont les actes -c'est-à-dire les méfaits et les magouilles au quotidien- démontrent à chaque instant l'inconséquence chronique, l'égoïsme puéril, l'inconsciente immoralité.
Cependant, conformément à leur humanisme, les frères Dardenne estiment de pas devoir porter de jugement moral. Bruno est ce qu'il est, à la fois coupable et innocent aux yeux des auteurs. Leur intrigue, une fois Bruno dans le pétrin, propose une action mouvementée qui étoffe le portrait et le complète avec justesse et acuité.