Critique qu'il serait bon de réécrire...
Cinq ans après la déception danyboonesque "Micmacs à tire-larigot", Jeunet nous revient avec une production américaine, prouvant au spectateur que l'air du Montana lui sied mieux que l'air parisien nauséabond. On suit donc le cadet de la famille Spivet, qui tient un ranch perdu au beau milieu du Montana, peut-être l'un des derniers endroits encore civilisé aux Etats-Unis. Le jeune garçon de 10 ans, surdoué, gagne un prix scientifique de grande envergure pour l'invention d'une machine à mouvement perpétuel. Il décide alors de fuguer pour partir à Washington D.C. et recevoir son prix en bonne et due forme.
Au premier abord, ce film est une véritable déclaration d'amour de Jeunet pour l'Ouest américain. L'action a beau se passer dans notre présent, les décors du ranch, et des prairies environnantes semblent tout droit sortir d'un bon vieux western. Les personnages ont l'air d'y avoir trouvés leur place, à l'exception de la jeune fille aînée, archétype de l'adolescente blasée, ressemblant de plus à s'y méprendre à l'actrice jouant "Hit-Girl" dans "Kick-Ass". Une Amérique fantasmée donc, et parfaitement mise en valeur par le style de réalisation unique de Jeunet. Ce dernier oppose d'ailleurs ce cadre à celui de Washington, ses mornes buildings, et ses hypocrites et horripilants journalistes et autres secrétaires. Un jeu d'opposition menant à un final absolument jubilatoire, à défaut d'être surprenant.
Mais ce qui fait la sève de ce film, c'est certainement l'écriture de ses dialogues, de sa voix-off, fragmentant la linéarité du récit sans en perdre de sa saveur, contrairement à "Fight Club" par exemple. La voix-off du jeune garçon donc, est proprement savoureuse, touchante, poétique, foisonnante, bref, du Jeunet dans toute sa splendeur, à vous arracher quelques frissons. Je n'ai d'ailleurs pas honte d'avoir vu le film en version française, car elle est ici de très bonne facture. Et l'interprétation des acteurs, notamment du personnage principal, très convaincante. Malgré la séparation de T.S. avec sa famille, cette dernière n'est pas mise de côté et Jeunet continue de développer les différents personnages atypiques qui la composent, à travers de nombreux flash-backs. Entre le père cow-boy et taiseux, la mère extravagante et délurée, et le frère fasciné par les armes à feu, voilà une galerie de personnages marquants !
Enfin, Jeunet distille tout de même des thèmes plus adultes, comme le deuil, et une critique assez acerbe des médias télévisuels, donnant une profondeur appréciable bien qu'un peu édulcorée à une comédie déjà parfaitement hilarante et terriblement attachante. Le film ayant eut quelques difficultés au box-office, on espère qu'une seule chose : que Jeunet s'en relève malgré tout et continue sur sa lancée, Hollywood ne semble pas avoir bridé sa force créative, bien au contraire ! Alors que Marjane Satrapi vient elle aussi de réaliser une très bonne production américaine avec "The Voices", la migration de certains réalisateurs français aux Etats-Unis n'est finalement pas une si mauvaise chose...