Il serait facile de cracher sur Nicolas Bedos, l'homme. Il serait de mauvaise foi de cracher sur Nicolas Bedos, le réalisateur, l'auteur, l'artiste.
En cette année 2019 sort en salles son dernier film, après Monsieur & Madame Adelman, La Belle Époque, en sélection officielle à Cannes. Il pourrait être un mauvais drame pour sexagénaire, mais il n'en est pas un.
La Belle Époque nous conte l'histoire de Victor (Daniel Auteuil), vieillard qui refuse de prendre le train du progrès, en pleine crise avec sa femme (Fanny Ardent sensuelle, comme souvent) qui se voit offrir une expérience du moins originale : grâce à des artifices théâtraux, revivre une époque, au choix. Pour Victor, ce sera l'année 1974, quand il rencontra sa femme.
La Belle Époque est, ironiquement, un film sur l'artifice, le mensonge, l'illusion, mais le plus réel qu'on ait pu voir ce mois-ci, du véritable cinéma. Car, il ne faut pas s'y méprendre, La Belle Époque est un film sur le cinéma avant-tout.
À une époque où les effets-spéciaux sont omniprésents, Bedos fait le choix de compter uniquement sur les effets pratiques, de montrer les projecteurs et artifices, l'envers du décor.
Victor représente le spectateur, il découvre ou redécouvre tout en même temps que nous, le vieux café, les musiques de l'époque, les soirées d'orgies plus qu'imitées. Tandis que Antoine est le créateur, véritable Prométhée, et donc le réalisateur, parfois mégalomane, précis et sévère, parfois touchant, émouvant.
Si Nicolas Bedos ne joue pas le réalisateur (on le comprend), il donne cependant son rôle à Guillaume Canet, qui aura beaucoup marqué cette année. La surprise de la suite des Petits mouchoirs, la joie de le retrouver encore deux fois devant la caméra avec Au nom de la terre et La Belle Époque, et la déception de le voir se jeter dans un projet aussi suicidaire qu'un Astérix en Chine.
La Belle Époque est également un film sur l'amour et la nostalgie bien sûr. Au début du film, Victor est un homme pessimiste qui plonge dans la nostalgie. Nostalgie de sa jeunesse, nostalgie des années 70, et de l'amour. Face à une femme qui ne l'aime plus, il repense à celle qui l'aimait. Il est nostalgique, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il est en réalité en phase avec l'actrice, le présent, que traîner dans le café n'est qu'une manière de rester en contact avec Marianne. Que il vaut mieux vivre avec son temps et ses vrais proches plutôt qu'avec une version idolâtrée d'une époque révolue, que ce soit le XVIIIème pour certains, les années 70 pour d'autres. Et c'est ainsi que Victor reprend goût en la vie, en Marianne qui apporte une autre vision des années 70, et en son époque, la belle époque.
La Belle Époque, faux film vintage, mais vrai cinéma, aurait pu être parfait, si il ne prenait pas trop de temps dans la relation Tillier/Canet. Toujours est-il que le montage intelligent (tantôt alterné, tantôt additionnant des dialogues malgré des ellipses) et les reconstitutions talentueuses feront du film du cinéma qui mérite d'être vu au cinéma. Et ça, c'est pas du toc.