Film vu dans le cadre du festival "Hallucinations Collectives".
Film de la sélection "Instinct Gréguerre".
Quand la petite bourgade de Tarl au Texas bruisse de la rumeur de l'évasion de Bubber Reeves, enfant du pays dont on soupçonne l'intention de revenir sur ses terres, habitants, comme autorités ou notables commencent à s'inquiéter. Pourtant l'on soupçonne très vite que les plus hâtifs à organiser la chasse à l'homme ont des motivations qui n'obéissent pas qu'à des désirs de justice. En effet il apparait que si Bubber est certes un hors la loi, il a déjà pour lui de ne jamais avoir commis de crimes de sang, mais qui plus est une sorte de loyauté envers celles et ceux qu'il connait depuis son enfance a poussé ce dernier à porter le chapeau pour des faits où son implication n'est pas clairement établie.
Les fondations de la communauté sont ébranlées et tandis que les camps se forment avec d'un côté celles et ceux qui espèrent sa capture rapide et de l'autre ses alliés parmi lesquels on compte le shérif dont l'intégrité presque dogmatique pousse ses opposants à le soupçonner d'avoir comme but de protéger la fuite du fuyard au risque de dévoiler de lourds secrets. Mais les dissensions au sein de cette commune ne viennent pas uniquement des conséquences qui pourraient advenir si le fugitif revenait. Elles s'incarnent aussi dans les rapports de dominations entre classes sociales ou bien de façon plus insidieuse dans les relations au sein des familles, des couples. Ces conflits larvés trouveront dans cette poursuite impitoyable l'occasion d'une résolution définitive et dans la fête sans fin et l'alcool les combustibles nécessaires à l'embrasement que d'aucun espèrent cathartique.
D'impitoyable qu'elle est cette chasse à l'homme en devient consternante de bêtise lorsque les curieux poussés par leurs pulsions scopiques et les plus véhéments poursuivant finissent par faire de celle-ci un cirque ridicule, un jeu d'arènes hérité de la Rome antique, la plèbe et la noblesse réunis sur les gradins improvisés pour assister à la mise à mort de celui qui symbolise les petits arrangements avec la bienséance, avec le concours du feu purificateur et le secours rédempteur d'un coupable idéal.
Arthur Penn délivre une œuvre grandiose, en totale maîtrise de son art le cinéaste s'inscrit avec ce film tout autant dans l'héritage du classicisme porté à son paroxysme que comme précurseur évident d'un nouvel Hollywood encore à inventer. la représentation des conséquences concrètes qu'ont sur les corps et les visages les coups et la violence physique annonce le cinéma viscéral de Sam Peckinpah tout comme la pensée progressiste et libertaire du cinéaste feront le lit des futurs Oliver Stone ou Quentin Tarantino.
Je m'attarderai enfin sur les prestations magistrales de deux monstres sacrés du cinéma, deux acteurs habités par leurs personnages, l'immense Robert Redford et le légendaire Marlon Brando. Deux physiques qui marient aussi bien une impression de puissance brute à une finesse, une souplesse qu'on penserait féminine leur permettant des subtilités de jeux et des accents de vérité rares.
Œuvre immense qui porte en elle les soubresauts d'une Amérique aux carrefours de son héritage WASP et des convictions réformatrices qui allumeront bientôt les foyers de la contestation tant sociale, politique, qu'artistique.