Le Parrain 1 décrivait le système mafieux de la famille Corleone autour de Vito Corleone et se terminait par "l'investiture" du nouveau Don dans la personne de Michael Corleone.

Très astucieusement, le Parrain 2 évite de tomber dans le piège de la suite, souvent plus fade. Ici, pas du tout. Michael Corleone n'est pas Vito Corleone. La succession va s'avérer difficile. Et d'ailleurs, pour le montrer, Coppola (et Puzo bien sûr) va mettre en perspective les deux débuts de carrière de Vito et de Michael.

C'est là qu'intervient l'enfance de Vito décrite en détail dans le roman et qui avait été omise dans le premier opus. Là encore, c'est un trait de génie car les deux personnages, s'ils sont analogues dans leurs actions, diffèrent par la méthode.

Vito jeune, admirablement joué par Robert de Niro (le poulain de Scorsese …) marque de la rondeur et de l'empathie pour se créer une réputation avant de prendre un pouvoir. Il était généreux et s'intéressait aux petites gens. D'ailleurs, il ne prend pas le pouvoir, on le lui offre après l'élimination du chef mafieux Fannucci.

Michael, lui, est redoutablement intelligent. Mais il n'est qu'intelligent. Il ne laisse pas interférer le sentiment dans les affaires et se méfie de tous. C'est toujours l'excellent Al Pacino qui tient le rôle. Il fut la grande révélation du Parrain et ici il confirme son talent.

Une scène est particulièrement caractéristique ; le retour sur les années 1940 où, à l'occasion d'un anniversaire du père Vito, Michael se retrouve isolé car il décide de s'engager dans le conflit mondial contre l'avis de tout le monde. Sa volonté, visionnaire, c'est de mieux s'intégrer dans la société américaine. On va le voir rapidement où la fête de la communion du fils de Michael a perdu toutes les connotations siciliennes, comparée à la fête du mariage de Connie.

À l'instar de son père en fin de carrière (Brando), il n'a retenu que la nécessité de n'avoir confiance en personne et de se méfier de tout le monde ; seulement, cette méfiance, l'isole. La belle unité familiale si "goûteuse", dans le premier opus se retourne contre lui du fait de son intransigeance et sa volonté de contrôle : sa sœur, ses frères, sa femme s'éloignent.

L'alternance successive des deux époques et donc du père jeune et du fils montre le déclin inexorable de la famille avec Michael en miroir avec l'ascension de la famille avec Vito. Michael et Vito n'accordent pas les mêmes poids et priorités sur la valeur de la famille.

Bien sûr, il faut aussi dire que la comparaison s'effectue aussi sur deux époques très différentes, l'avant-guerre avec la grande Dépression (une société en devenir) et l'après-guerre triomphante et stabilisatrice.

Il n'empêche. Les résultats des ambitions de Michael ne sont pas à la hauteur de l'attente (Cuba, Hyman Ross). Ses échecs vont alimenter une colère qui va l'aveugler. Le jeu d'Al Pacino est limpide et va conduire son personnage à la solitude et surtout à une sourde culpabilité. C'est une belle introduction à l'opus 3 qui sera réalisé 16 ans plus tard.

Côté casting, au-delà de Al Pacino et De Niro, il faut évoquer le personnage de Kay toujours aussi admirablement joué par Diane Keaton. On l'avait quittée dans la dernière scène du Parrain. Elle commence alors à comprendre l'évolution irrémédiable de son mari lorsqu'elle voit les gens se prosterner devant lui. Ici, sa volonté d'exister est progressivement annihilée jusqu'à ces scènes terribles et déchirantes où elle exprime sa haine face à un Al Pacino muré dans sa colère.

Pour finir, le Parrain 2 est un film tout aussi puissant que le premier avec d'autres perspectives. Si le premier film donnait une impression de grandeur et d'unité de cette famille Corleone justifiant "un peu" la nécessité des activités criminelles, ici, c'est le retour à la froide réalité d'une famille dévastée au profit de l'argent et des affaires avec toujours l'enchainement des vengeances et des règlements de compte.

À la fin, il n'y a plus vraiment de Don mais un homme (un gangster ?) seul et ravagé par la culpabilité et le remords.

À bientôt pour l'opus 3 …

JeanG55
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le 8 oct. 2023

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