Une découverte que ce cinéaste japonais Mikio Naruse ! Et quelle découverte !
Ayant reçu récemment un coffret de trois films de ce cinéaste, je commence par ce premier film qui date de 1951. Les deux autres sont postérieurs. Mais en 1951, Naruse n'est pas un jeune cinéaste pour autant puisqu'il a démarré dans les années 1930 …
"Le repas" est ce que j'appellerais un mélodrame qui s'intéresse à l'histoire d'un couple ordinaire. Lui, Hatsunosuke, est salarié dans un cabinet d'agent de change. Elle, Michiyo, a suivi son mari à Osaka et reste à la maison où elle s'occupe du ménage. Pourtant, ils ont dû lutter contre les avis de leurs familles pour se marier par amour … Mais voilà, le temps, la routine usent les liens les plus solides.
D'abord, il y a un contexte social d'après-guerre où le Japon peine à se retrouver et à se reconstruire. Le travail est rare et les salaires peu élevés. Le prix du riz est un vrai sujet et une paire de chaussures, un investissement conséquent.
Ensuite, on ressent dans le film une certaine remise en cause des traditions qui est peut-être une conséquence de l'état de désarroi qui règne alors au Japon. La nièce d'Hatsunosuke, Satoko, fuit sa famille de Tokyo pour éviter un mariage non consenti et se réfugie à Osaka chez ce couple qui a bravé les traditions en faisant un mariage d'amour. Pour Michiyo, l'arrivée de cette jeune fille à la fois candide et effrontée, est le déclic et l'amorce d'une réflexion sur sa place dans son couple, sur la finalité de son mariage, sur le poids des habitudes qui finit par confiner à de l'indifférence. Elle décide de retourner dans sa famille pour se reposer et faire le point mais surtout écouter et observer les autres.
Mais ce film est avant tout le film de Michiyo joué par une actrice que je découvre et que j'ai trouvée formidable : Setsuko Hara.
Son jeu est puissant. Pourtant, tout passe dans les regards attentifs, dans les gestes pleins de dévouement et d'empathie, dans les postures face à son mari (qui lit le journal à table), dans ses mouvements de mécontentement. Pas un mot plus haut que l'autre. Une voix off, la sienne, nous permet de pénétrer sa pensée.
J'ai bien aimé la mise en scène de Naruse, simple mais efficace, pour montrer la vie quotidienne qui reproduit toujours les mêmes schémas, les mêmes gestes. Les cadrages des personnages dans leur univers clos et les mises en perspective des personnages les uns par rapport aux autres sont très convaincants.
J'ai bien aimé aussi la scène des retrouvailles de Michiyo et de son mari. Scène apparemment banale, pourtant, où on observe le manque d'envergure du mari et par ricochet, l'importance relative du rôle de l'épouse.
Cette première rencontre avec ce réalisateur, ce "repas" qui cristallise le contact intime et quotidien du couple, m'a bien plu.
Belle leçon, optimiste ou pessimiste c'est selon, sur la recherche du bonheur qu'il faut peut-être aller prendre simplement dans ce que la vie nous offre chaque jour.