A l’occasion de la destruction d’un vieux studio de cinéma, Genya Tachibana, un documentariste accompagné de son cadreur, part dans une maison perdue au milieu d’un bois pour interviewer une actrice de légende ayant pris sa retraite il y a 30 ans, Chiyoko Fujiwara, afin de l’interroger sur sa vie mais également lui remettre un cadeau très personnel. Ce cadeau, c’est une clef.
Cette clef, elle lui a été remise par un fugitif qu’elle a aidé et dont elle est tombée amoureuse alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente, et ce avant que l’homme ne s’en aille. "Millennium Actress", c’est le récit de cette actrice aux mille personnages qui va tout au long de sa vie rechercher l’homme qu’elle aime pour lui rendre sa clef, sans même se rappeler de son visage. Et lorsque Chiyoko va retrouver cette clef à l'âge de 70 ans, elle va pouvoir ouvrir les portes de son passé.
Si Satoshi Kon brisait, dans "Perfect Blue", les frontières entre le réel et l’imaginaire avec la folie, il l’effectue de nouveau ici par le biais des souvenirs.
A travers les rôles de Chiyoko, le réalisateur, son cadreur et les spectateurs sont emmenés dans une aventure poétique où la réalité et la fiction se confondent, une histoire où l’on passe d’un récit classique à une véritable reconstitution onirique et où l’on traverse les décennies et les films de la carrière de Chiyoko.
"Millennium Actress", ce sont des histoires d'amour qui se croisent. Un amour inaccessible entre une jeune femme et l'ombre d'un homme mais également celui d'un réalisateur envers une actrice, qu'il admire plus que tout et dont il connaît le récit de sa vie par cœur.
Une aventure d’où se dégage à la fois un sentiment de mélancolie, de par la recherche sans fin et sans résultat de Chiyoko mais également de légèreté, une légèreté qu’insufflent le documentariste et son cadreur qui jouent un rôle à part entière dans le récit de la vieille femme, l’un étant un véritable protecteur de la jeune femme et l’autre, plus sur la réserve au départ mais se laissant peu à peu emporter par cet univers (un personnage pouvant être lié au spectateur du film, qui au départ ne comprend pas forcément ce qui se passe mais qui accepte malgré tous les règles de cet univers nouveau).
L’animation, magnifique, nous transporte, changeant d’histoire et d’époque sans même que l’on ne s’en aperçoive.
Le film jouit d’une cohérence propre, d’un sens du rythme unique et d’un côté métaphysique à la fois étrange et enivrant, en témoignent les séquences dans l’espace, qui font parties des plus belles de l’histoire du cinéma.
Et si la nature même de l’univers que nous regardons avec étonnement n’est jamais vraiment révélée, Satoshi Kon s’amusant à nous perdre dans notre émerveillement tout en nous donnant les clefs à de diverses interprétations, cela ne crée pas un vide chez le spectateur tant la fin et les messages du film sont forts. La clef qui a permis à Chiyoko d’ouvrir son passé, lui permet également de fermer une longue page de sa vie, de l’accepter, d’être en paix avec elle-même. En l’ayant retrouvée, elle peut enfin terminer son dernier film et s’envoler vers les étoiles.
Satoshi Kon nous rappelle que ce qui compte, ce n’est pas la finalité mais les moyens que l’on se donne, que l’on use et les moments que l’on traverse pour y arriver, qu’il est important d’avoir des objectifs que l’on ne pourra jamais atteindre afin de toujours se dépasser.
Un belle leçon de vie.