Mononoke, c'était en 2007 un anime d'une douzaine d'épisodes créé par Toei et réalisé par Kenji Nakamura mettant en scène les étranges pouvoirs d'un étrange apothicaire ayant pour mission de combattre de non moins étranges esprits maléfiques s'attaquant à notre monde. En 2024, le Japonais reprend son propre flambeau pour nous présenter un long métrage (premier volet d'une trilogie d'ores et déjà annoncée) au pouvoir esthétique franchement impressionnant. Attention les rétines, pas besoin de buvard, préparez-vous à 80mn (90 en comptant le générique) d'une luxuriance de couleurs assez unique. Rien que pour cet aspect, Mononoke s'apparenterait presque à une expérience psychédélique de premier choix.
Mais pour commencer, de quoi s'agit-il concrètement ? De l'histoire de deux jeunes filles dans le Japon féodal, nouvelles recrues du palais d'Edo (Tokyo) confrontées aux rivalités, intrigues et passions de leur nouvel environnement. Leur adaptation ne se fera pas sans douleurs, leur demandera sacrifices et renoncements jusqu'à l'apparition d'un esprit vengeur aimant se manifester par l'élément eau et venu pour compliquer encore un peu plus les événements. Heureusement, notre apothicaire itinérant (le même qu'en 2007) traîne à bon escient dans les parages pour tenter de remettre tant bien que mal la situation à peu près en ordre.
Une légère impression de fouillis organisé pourra affleurer dans ce récit très condensé et mené quand même au pas de course. Nakamura peut parfois nous perdre un tout petit peu en route mais se débrouille très bien dans l'art de nous rattraper par la manche juste avant de nous laisser tout à fait décrocher. Le rythme est là, soutenu si ce n'est même pressant, compressant presque par instants un scénario pourtant assez direct. Visiblement pas du genre à perdre son temps en route, Nakamura reprend rarement son souffle pour nous en raconter et surtout nous en montrer le plus possible sans nous laisser l'occasion de détourner le regard plus de quelques secondes. Car elle est là la vraie force de ce Mononoke, au-delà de cette histoire d'esprit dans ce Japon traditionnel ; dans cette animation si personnelle, entre hommage à l'héritage de l'art éminent de l'estampe classique et profusion de couleurs quasi hallucinogènes. Avant toute chose, Mononoke se révélera d'un effet visuel et sensoriel transportant. Le terme "chamanique" serait sans doute exagéré mais le voyage proposé relève clairement de ce que le dessin peut rendre de magique, de ce que le dessin peut enluminer les cauchemars les plus effrénés.