Pialat fait partie, dans mon univers cinématographique, de ces cinéastes dont je me sens incapable de donner un avis global. Incapable de dire, par exemple, "ah, ben si c'est un Melville (ou Kubrick ou Lautner ou Duvivier, …), je prends". Certains de ses films passent et d'autres, pas du tout.
En l'occurrence, "Police" est une espèce de petit OVNI qui passe bien chez moi. Mais, je me rends compte qu'autour de moi, il n'en est pas de même et le film est très clivant.
Le scénario reprend l'éternelle histoire de la lutte de la police contre des trafiquants de drogue ou contre des petits casseurs. Le spectateur est brutalement immergé dans une histoire qu'il prend en cours (on a aucune idée du contexte) et qui ne se termine pas parce qu'il n'y a jamais de fin dans ce genre d'affaire. Et justement, j'ai trouvé que ça respirait l'authenticité. Un peu comme une fenêtre qui s'ouvre brutalement et où Pialat pousse le spectateur dans une tranche de vie d'une équipe de flics : un interrogatoire puis une perquisition, musclés. Au bout de deux heures, Pialat referme la fenêtre et le spectateur rentre chez lui, pas forcément rassuré ni apaisé.
En fait, on peut repérer deux parties dans ce film. La première est consacrée au fonctionnement de l'équipe de flics avec le rapport de force entre flics et truands. Les preuves matérielles qui paraissent dérisoires devant les dénégations … Le truand, rompu aux ficelles du policier, ne lâche rien. Alors on essaie un biais en interrogeant la copine, en y mettant la pression, aidée par quelques gifles. Une fois les personnages bien mis en scène, Pialat passe à la seconde partie où il se consacre à dépiauter certains personnages dont il va examiner les forces, mais surtout leurs faiblesses ou leurs fêlures.
De ce film policier et très noir, trois personnages se distinguent avec une floppée de seconds rôles très crédibles et qui contribuent à l'ambiance.
Depardieu dans le rôle de l'inspecteur qui donne le "la" à toute l'équipe démontre, si en 1985 c'était encore nécessaire, qu'il est un grand acteur. Une présence fantastique avec la capacité de basculer d'une scène musclée à une scène détendue avec les collègues avant un nouveau coup de gueule. Un personnage dur capable en un instant de faire preuve d'empathie pour ne pas dire de tendresse. Un personnage honnête dans son boulot mais qui fraye tellement avec les truands qu'il finit parfois par en utiliser les codes pour arriver à ses fins. Je serais tenté de dire qu'il est furieusement crédible.
Sophie Marceau dans le personnage très ambigu de Noria, la maîtresse du principal suspect est excellente dans ce film. C'est une actrice que je n'apprécie pas toujours. Mais là, on sent la pression énorme qui s'exerce sur elle et qui la pousse dans ses derniers retranchements où elle finit par montrer un certain cran. On ne connaîtra pas à la fin le degré de sincérité du personnage qui use facilement de son corps mais pas forcément de son âme, pour servir ses intérêts, au jour le jour.
Richard Anconina dans le rôle de l'avocat des truands est aussi excellent dans son jeu dangereux de louvoiement tout en restant le copain de Depardieu. Avec son diam à l'oreille et ses costards bien propres, plus ambigu, tu meurs !
Et parmi les seconds rôles, j'aime bien l'acteur, Frank Karaoui, qui joue le rôle de René, le patron du bar, qui ne s'énerve jamais et qui n'en est pas moins dangereux. Le truand qui cache bien son jeu …
Et on trouve aussi, Sandrine Bonnaire dans un trop petit (pour mon goût) rôle de prostituée qui a maille à partir avec son mac.
Au final, c'est un film dur et noir, non dénué d'humour - noir - dont j'apprécie la touche indéniable d'authenticité des situations et des personnages.