Typiquement le profil du film mal-aimé sur Sens Critique : c'est français, grand public, mis en scène par un réalisateur estampillé "beauf", et en plus c'est la suite d'un gros succès populaire.
Du coup je me sens obligé de surnoter légèrement pour rééquilibrer la balance...
En effet, j'ai une affection toute particulière pour le diptyque des Ripoux, qui ont fait partie des films que j'ai abondamment regardé quand j'étais minot - au point d'ailleurs que ces deux premiers volets (il en existe un troisième, opportuniste et idiot, sorti beaucoup plus tard) se confondaient quelque peu dans mon esprit.
Ayant revu récemment ce "Ripoux contre ripoux" (un net cran en dessous du premier film), je ne chercherais pas à nier ses faiblesses : facilités scénaristiques, rebondissements cousus de fil blanc, mise en scène sans éclat, comédiens en roue libre par moment...
Mais l'essentiel est ailleurs, en particulier dans le caractère authentiquement attachant de notre tandem de héros (Noiret surtout), dans la fourberie de leurs opposants (le tandem de bœuf-carottes campés par Guy Marchand et Jean-Pierre Castaldi), et dans la drôlerie des nombreux seconds rôles qui composent la faune du XVIIIème arrondissement : indics, commerçants rackettés, tapineuses et autres loubards.
On pense notamment à Grace de Capitani ("elle est pas pute, elle est hôtesse dans un bar à putes"), Michel Crémadès, Jean Benguigui ou encore Jean-Claude Brialy pour une apparition savoureuse.
Côté distribution, on regrettera en revanche les forfaits de Julien Guiomar dans le rôle du commissaire, et de Régine dans celui de la vieille catin qui partage la vie de Noiret, remplacés respectivement par Michel Aumont et Line Renaud.
Tout comme son prédécesseur, "Ripoux contre ripoux" dégage une atmosphère singulière, perceptible dans la musique mélancolique de Francis Lai, dans le langage fleuri des uns et des autres, ainsi que dans l'ambiance des petites rues de la butte Montmartre (ses boutiques, ses escaliers immenses et son funiculaire...).
D'ailleurs j'ai été agréablement surpris par la bonne tenue générale des dialogues, soulignés par quelques punchlines bienvenues, en particulier dans la première moitié du film.
Entre madeleine de Proust et plaisir (légèrement) coupable, voilà donc une comédie policière bien sympathique, qui certes ne casse pas trois pattes à un canard, mais qui mérite mieux que sa médiocre réputation.