Cette dimension dans le film qui questionne à la fois le travail, sa brutalité (pour rester dans le thème), le système de domination qui s'installe progressivement entre Harrison Lee Van Buren (Guy Pearce très fort) et László Toth, et comment ce rapport de domination (brutal) se caractérise à travers notamment un projet de construction à l'initiative de Harrison est sont les éléments qui m'ont maintenu dans le film et qui font que j'ai trouvé ce long métrage assez impressionnant. Ce n'est pas un simple rapport de force entre 2 personnages, car le film nous montre assez méticuleusement comment les Lee Van Buren, incarnant une certaine classe (néo bourgeoisie industrielle de l’époque) font face à Lazlo Toth qui incarne une autre classe (lui qui était reconnu en Europe, on peut supposer qu’il avait un certain niveau de vie. A son arrivée aux USA il n’est plus qu’un travailleur, pauvre).
Le film, dans son montage et sa narration, montre à la fois comment les Van Buren vont changer d'approche vis-à-vis de Lazlo, et comment ils vont chercher à l'exploiter. D'abord le faire crécher chez eux, ce qui peut sembler sympathique de prime abord or dès qu'il s'installe dans le domaine il y a un plan sur l'horloge : désormais Lazlo va vivre au rythme des désirs de Harisson comme un travailleur doit vivre au rythme de la chaine de production. C'est la création de László que le spectateur suit, sa figure d’artiste, mais il y a tout un conflit qui se joue avec Harrison Lee Van Buren qui va tenter de déposséder László de son art. On nous montre une absence totale d'intérêt pour ce qu'incarne le travailleur László, caractérisé par le coup de gueule de Harisson dans la bibliothèque juste après les travaux à l’initiative du fils. Le film nous montre cette néo bourgeoisie de l'époque, sans aucune sensibilité artistique. Ensuite tout change, l'intérêt est naissant, pourquoi ? Non pas car Harisson Lee Van Buren a eu une révélation. Non, loin de là. Parce qu’il y voit un intérêt pour lui. Pour son image de mécène. Il y a quelque chose à exploiter. Le film ne s'arrête pas là : une conflictualité s’installe au sein même de la création : l’Amérique puritaine des Van Buren souhaite voir un signe religieux au sein de cette construction, une croix apparaitre. László parvient à utiliser et détourner ce désir en utilisant le soleil. Donc il ne remplit qu’à moitié le cahier des charges, démonstration de ce rapport de force qui alterne tout au long de la relation entre László et Harisson.
On voit un Harisson, personnage équivoque à certains moments, être tiraillé entre cette volonté de faire travailler Lazlo pour lui afin d'aboutir à cette construction et faisant preuve d’un grande frustration vis-à-vis de Lazlo, non pas exclusivement par antisémitisme, également parce qu’il ne supporte pas qu'un moins qu’un travailleur, un moins que rien comme László, qui est « toléré » ici comme le dira son fils lors d’un échange avec László mais qui n'est pas de sa classe, puisse avoir cette reconnaissance et des idées. Il ira jusqu’à le violer pour appuyer sa frustration et sa domination. On dit souvent que les "nouveaux riches" sont mal vus par la véritable bourgeoisie, ici le film tend à développer ce concept de manière assez maline. Cette néo bourgeoisie de l'époque est dépeinte comme creuse, vaine, et le film nous le montre. C'est d'ailleurs très drôle de voir Harisson Lee Van Buren affirmer lors d’un face à face pour l’inauguration de la bibliothèque avec László qu’il a « des conversations intéressantes et intellectuelles » avec lui. Que nenni ! László sourit, il a saisis que cet homme se ment à lui-même.